Jésus nous invite à combattre la souffrance

Jésus lutte contre le mal et invite à combattre la souffrance

Jésus lutte contre le mal sous toutes ses formes. Par ses miracles de guérison ou de retour à la vie, il fait reculer efficacement la maladie, la mort, l’hostilité de la nature contre l’homme.

Jésus ne supporte pas de voir l’homme sous l’emprise du mal physique ou moral. Il renverse les barrières, fréquentant tous ceux qui sont mis au ban de la société de son temps (publicains, malades, prostituées). Il se fait le serviteur de tous (le lavement des pieds). Il libère l’homme du fardeau légaliste (il guérit le jour du sabbat, il grâcie la femme adultère). Il prêche un amour des autres sans limites ni conditions, au prix du sacrifice de soi (Mt 5-6-7). Il nourrit les foules affamées, condamne l’accumulation des richesses et vit en pauvre…

Il promet la défaite finale du mal: « Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, fut-il mort, vivra; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais » (Jn 11, 25). Comme signe que cela est possible, il opère des guérisons, y associant ses amis. Il invite ses disciples à coopérer à ce combat, matériellement: « Donnez-leur vous-mêmes à manger » (Mt 14,16), « Prends ton grabat et marche » (Mt 9,6); et spirituellement: « Crois, et tu verras la gloire de Dieu » (Jn 11, 40), « Celui qui croit en moi fera lui aussi les oeuvres que je fais. Il en fera même de plus grandes » (Jn 14, 12).
Ainsi, pour un chrétien qui veut suivre Jésus, pas de passivité, ni de bras croisés se reposant sur Dieu. Car l’oeuvre de l’homme sur terre, l’oeuvre de justice, l’engagement pour nourrir et guérir les hommes est collaboration à l’oeuvre de Dieu; elle prépare un monde nouveau d’où tout mal sera banni.

La joie de l’amour

Remplacer la haine qui tue par l’amour qui fait vivre, c’est le moyen choisi par Jésus. Au coeur des luttes, de la misère, ou de l’impuissance du malade, peut poindre la joie de l’amour,de l’amour qui partage,de l’amour qui pardonne, de l’amour qui humanise,de l’amour qui valorise l’homme,et cela est lumière de Dieu au coeur de l’homme, et reflet sur son visage.
L’Evangile révèle que la dignité de l’homme n’est pas d’abord dans le travail producteur (ce qui entraîne le rejet des moins doués ou des handicapés), mais dans l’amour qui fait vivre.
Nos souffrances, nos limites, nos angoisses, nos échecs individuels et sociaux, contre lesquels nous luttons chaque jour pour les faire reculer en nous et dans la société peuvent déboucher chaque jour, quand ils sont assumés par amour,  sur la vie. Toute peine peut devenir féconde, transformée en germe de vie. La mort elle-même, assumée par amour, devient naissance en Jésus-Christ qui est passé le premier par ce chemin.

C’est l’amour, vécu au coeur de la souffrance, qui est fécond, qui sauve.

Par l’amour  – les pauvres sont maîtres du royaume de Dieu (dès aujourd’hui) – les doux, si souvent dépossédés, possèderont la terre, – les affligés seront consolés – les assoiffés de justice ou d’amour, comblés, – les persécutés récompensés bien au-delà  de leurs tortures.
En Jésus, le visage de Dieu s’identifie à celui de l’enfant, de l’innocent, du pauvre, du torturé, dès maintenant.. « Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume qui vous a été préparé… Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger… Dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 31-46).
La civilisation de l’abondance, « à chacun selon ses besoins », ne rassasie pas l’homme. Car la joie n’est en germe que dans l’amour manifesté par le partage fraternel. « Si on te demande ton manteau, donne aussi ta tunique » (Mt 5, 40). C’est le message central de Jésus: « Aimez-vous ».

Le coeur d’abord.

« Ce qui sort de l’homme, voilà ce qui rend l’homme impur. Car c’est du dedans, du coeur des hommes que sortent les desseins pervers: débauches, vols, meurtres, adultères, cupidités, méchancetés, ruse, impudicité, envie, diffamation, orgueil, déraison. Toutes ces mauvaises choses sortent du dedans et rendent l’homme impur » (Mc 7,20-23).
Jésus sait d’où vient le mal; et il vient changer le coeur de l’homme. « L’amour de Dieu a été répandu dans nos coeurs par le Saint Esprit qui nous fut donné » (Rm 5, 5). C’est cette extraordinaire révolution de Jésus que saint Paul rappelait aux nouveaux chrétiens: Dieu a mis en vos coeurs son Esprit pour aimer.
Et Dieu n’opère pas ce travail de recréation sans le consentement de qui sait le recevoir. Seuls l’enfant  et le pauvre ont vitalement besoin d’accueillir  l’autre, le font avec simplicité, avec empressement. Face à nos suffisances qui nous ferment aux autres comme à Dieu, Jésus pose les enfants et les pauvres en exemple. « Quiconque n’accueille pas le Royaume de Dieu en petit enfant n’y entrera pas » (Lc 18, 17). « Heureux les pauvres de coeur, car le Royaume des cieux est à eux » (Mt 5, 3).

Jésus me libère en prenant sur lui mon péché, mes souffrances, ma mort.

Dans son amour, Dieu ne s’est pas mis en dehors de la souffrance des hommes. Il est venu la partager volontairement, parce qu’il nous aime. Jésus, Dieu venu parmi nous, a connu la souffrance. Si chacune des plaies et des insultes de la Passion de Jésus ont été subies par Dieu lui-même, nous ne pouvons plus jeter la souffrance comme un reproche à la figure de Dieu  en lui disant: tu ne sais pas ce que c’est…
Jésus est venu vers l’homme pécheur, vers moi. Il m’accueille, et en me recevant, reçoit mon péché et ma souffrance. Non seulement je ne te condamne pas, mais je porte ton péché avec toi. Jésus, accueillant tous les hommes, s’est laissé envahir par nos péchés.
Cela, il l’a vécu particulièrement en acceptant de mourir comme un innocent. Cette passion et cette mort qu’on lui imposait, il les a épousées de l’intérieur; alors que les hommes croyaient lui ôter la vie de force, lui, la saisissant en un geste d’amour infini, l’a donnée librement pour la multitude.
Quand on aime, on souffre la souffrance de l’aimé. Sa véritable passion, ce fut sa passion d’amour: parce qu’il aime infiniment tous les hommes, il a vu, connu, souffert toutes les souffrances. Il les a accueillies en lui, par amour et les a fait devenir « aussi volontaires que le péché » (Claudel). Au calvaire, l’innocent porte la faute des coupables. La révolte et la haine de l’homme, de tous les hommes, sont dissous dans l’acte d’amour d’offrande de sa vie.

Le serpent de bronze… le Christ en croix

Il y a un beau passage de l’évangile selon saint Jean où Jésus exprime qu’il est venu « absorber » en lui nos souffrances, nos morts, nos péchés. Il dit : « Comme Moïse éleva le serpent dans le désert, ainsi faut-il que soit élevé le Fils de l’homme, afin que quiconque croit ait par lui la vie éternelle. » (Jn 3,14). Il fait ainsi allusion à un épisode de l’Ancien Testament où Moïse a « élevé » sur un étendard un serpent en bronze pour que les hébreux, mordus dans le désert par des serpents, soient préservés de la mort : « Moïse façonna donc un serpent d’airain qu’il plaça sur l’étendard, et si un homme était mordu par quelque serpent, il regardait le serpent d’airain et restait en vie. » (Nb 5, 9).
Croire en Jésus, c’est échapper au jugement, c’est à dire à la malédiction attachée au péché : la mort. Croire en Jésus, c’est acepter qu’il « absorbe » en lui notre péché, nos maux, de sorte qu’il en est crucifié, mais que nous recevons en échange la réconciliation et la vie. Ne pas vroire en Jésus, c’est rester sous le coup du jugement attaché au péché : la mort éternelle…
« Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pourque le monde soit sauvé par lui. Qui croit en lui n’est pas jugé ; qui ne croit pas estdéjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au Nom du Fils unique de Dieu. » (Jn 3, 16)

Jésus donne un sens à toute souffrance.

Vaincre la souffrance, c’est la vivre par amour, grâce à l’amour du Christ. Et ainsi accueillir la vie, la résurrection. Jésus n’est pas venu supprimer la souffrance, mais la subir, la partager avec nous. Jésus n’est pas venu expliquer la souffrance, mais la remplir de sa présence. La souffrance, tout en restant un mal contre lequel il faut se battre, n’est plus une absurdité. Le grand mal n’est pas de souffrir, mais ce serait de souffrir pour rien.
Jésus a vécu ses souffrances par amour, comme contrepoids qui efface nos fautes. Comme l’enfantement volontaire d’une humanité nouvelle dans le monde  nouveau d’amour voulu par Dieu. A cet enfantement, tout homme peut participer. Jésus lance une solidarité nouvelle dans l’amour. Et l’innocent qui souffre n’est plus simplement une victime; l’innocent qui souffre en aimant est celui qui rachète avec Jésus le mal des autres.

P. Dominique Auzenet

Vous pouvez télécharger ce texte sous la forme d’une fiche A4 pliée en deux.