Le culte vaudou

L’influence du culte Vaudou, ses pratiques et ses conséquences, les chemins de délivrance

Jean Pliya, dans « La prière de délivrance et d’exorcisme », Actes du Colloque de Hochaltingen,

I.A.D., Éd. Bénédictines, 2004, pp. 152-183.

Le Voodoo est une religion africaine née au Dahomey, aujourd’hui le Bénin. Depuis les pays du Golfe de Guinée surnommé la Côte des esclaves, il s’est répandu dans certaines régions où se trouvent les populations d’origine africaine, au Brésil, à Cuba, à la Trinidad et surtout à Haïti.

Aujourd’hui, une association de prêtres et de laïcs, le « Sillon noir », étudie le voodoo en vue de l’inculturation de la foi catholique en Afrique, car il existe une culture du voodoo reconnaissable dans les danses, les parures, les cérémonies d’initiation.

Le point de départ du voodoo est la connaissance des secrets de la nature, notamment la vertu des plantes pour maîtriser les forces vitales ou se les concilier en vue d’améliorer la qualité de la vie sur terre. Mais progressivement les hommes ont divinisé ces forces et certains de leurs ancêtres, pour entrer en relation avec leurs esprits par des pactes mystiques.

Le voodoo est une religion parce que les ancêtres fondateurs des peuples béninois ont eu l’intuition de la divinité, d’un Dieu suprême créateur ; mais au lieu d’adorer ce Dieu, ils ont abouti à une pluralité de divinités : voodoos familiaux comme les dieux lares des Romains, voodoos royaux et enfin les divinités-idoles liées aux forces de la nature ou à la divination au service des besoins humains notamment la guérison, la richesse et le pouvoir.

Au Bénin, le culte voodoo comporte un rituel précis et structuré, des pratiques adaptées à des objectifs donnés, une hiérarchie de prêtres, des adeptes, hommes et femmes. Mais certains voodoos ont intégré à leur rituel des puissances magico-sorcières, ce qui est un réel danger pour la foi chrétienne, une arme maléfique aux mains des devins guérisseurs ou des grands prêtres, influents comme des gourous. Les dangers spirituels sont l’idolâtrie, le syncrétisme religieux, l’occultisme, obstacles à une foi évangélique solide. Cette situation nécessite une pastorale appropriée et un accompagnement spirituel en vue de la délivrance des personnes liées ou oppressées. Si on ne connaît pas la genèse d’une religion non révélée et ses fondements, on ne pourra ni en parler ni aider éventuellement ceux qu’elle déroute ou manipule.

I. Origine, nature et diversité du Voodoo

Nous présenterons d’abord la religion voodoo et ses cultes au Bénin puis en Haïti et au Brésil dans

un esprit d’ouverture et de tolérante compréhension car dans la Déclaration du Concile Vatican II sur les relations de l’Église avec les religions non chrétiennes, il est écrit : « De même, aussi, les autres religions qu’on trouve de par le monde s’efforcent d’aller – de façons diverses – au-devant de l’inquiétude du cœur humain en proposant des voies c’est-à-dire des doctrines, des règles de vie et des rites sacrés. L’Église Catholique considère avec un respect sincère ces manières d’agir et de vivre, ces règles et ces doctrines. Toutefois elle annonce et elle est tenue d’annoncer sans cesse le Christ qui est « La Voie, la Vérité et la Vie » (Jn 14, 6) dans lequel les hommes doivent trouver la plénitude de la vie religieuse et dans lequel Dieu s’est réconcilié toutes choses ».

1. La Naissance des voodoos

Le mot Voodoo, employé dans l’aire de civilisation Adja – Fon – Goun du Bénin ou Orisha chez les Yoruba du Nigéria, signifie ce qui est mystérieux et désigne une entité spirituelle, une véritable déité. On peut définir les voodoos comme :

• Les idées que les croyants se font de diverses puissances immatérielles émanant soit de faits de la nature, soit de personnes humaines ayant rang d’ancêtres.

• Les lieux matérialisés par un autel où s’effectue la communication avec ces puissances.1

Une première ligne de voodoos part de la connaissance des vertus des feuilles et gravite autour des éléments du Cosmos.

Les anciens, confrontés aux difficiles conditions de vie dans un milieu hostile, se sont émerveillés devant les forces de la nature et ont cherché des explications cohérentes. Quelle force agite tout le temps et fait bouillir la mer ? La foudre et le tonnerre expriment sans doute la colère de la force suprême, le créateur caché, qu’il faut tout faire pour apaiser. Comment arrêter une épidémie de variole qui répand la terreur ?

Le voodoo vient de la prise de conscience de l’auteur des forces cosmiques et de la force vitale, l’âme, qui anime tous les êtres et même les éléments matériels inertes ou vivants, d’où le mot animisme parfois employé pour désigner les religions traditionnelles d’Afrique.

Dans la religion Voodoo, le Dieu suprême est un couple créateur Mahou-Lissa qui a accouché d’une multitude d’esprits, les voodoos. Face à Mahou l’inégalable, l’homme est minuscule. Il ne peut s’adresser à Dieu que par l’intermédiaire des voodoos pour avoir le bonheur, des enfants, échapper à ses ennemis et acquérir la force vitale. Ces esprits sont des liens entre le visible et l’invisible.

Lorsque l’homme béninois a trouvé des remèdes naturels, des recettes pour guérir par exemple la variole, la morsure d’un serpent ou maîtriser les puissances adverses, neutraliser et envoûter les facultés de l’individu, il va stocker jalousement toutes ces données utiles, les cacher comme un trésor dans un canari qu’il enterre en un endroit. Là il élève un autel comme lieu de conciliation avec les forces d’agression invisibles. Il s’agit désormais d’un voodoo. C’est pourquoi le « Sillon Noir » a écrit que le « Voodoo naît à partir de la connaissance des feuilles ».

Mais le savoir acquis par les phytothérapeutes a une double dimension :

• Une dimension magique de puissance de bienfaisance (préparation de médicaments) ou de nuisance (poison ou gris-gris maléfiques).

• Une dimension de culte en hommage au donateur mystérieux avec lequel le magicien thérapeute a noué une alliance.

« Ainsi certains types de remèdes ou formes de guérison vont fonctionner sur le principe du symbolisme mystique sur fond d’un lien entre les esprits »2 Les propriétaires de ce voodoo, les détenteurs de ces connaissances en deviennent les gardiens, des personnages très respectés. Autour d’eux se constitue une confrérie secrète avec des prêtres qui recrutent, organisent et dirigent des initiés et des adeptes, les messagers du voodoo. Ceux-ci danseront pour lui et apporteront ce que le voodoo mangera dans le couvent, dans sa maison.

Il existe de nombreuses recettes que nous avons vu des praticiens du voodoo mettre en œuvre : pour guérir une stérilité et des fausses couches successives ou pour empêcher une femme de commettre l’adultère. Dans ce dernier cas, lorsque les amants sont physiquement unis, ils ne pourront plus se détacher, tels un chien et une chienne noués dans la copulation. Grâce à mes propres connaissances en phytothérapie, j’ai pu obtenir d’un guérisseur à qui j’ai indiqué une recette contre la cystite, qu’il me montre une plante qui permet de franchir les barrages routiers et douaniers lorsqu’on la met dans ses bagages. J’ai vu une préparation à base de piment rouge attaché par un fil noir brouiller de façon incompréhensible des amis intimes. Il existe des plantes stimulantes de la mémoire qu’on utilise dans les couvents pour accélérer l’apprentissage de la langue sacrée, des plantes pour forcer quelqu’un à devenir l’adepte du voodoo. Il suffit de l’effleurer avec la feuille, de lui faire enjamber la plante posée sur son chemin ou de lui faire serrer votre main frottée du jus de la feuille. Immédiatement la personne accepte ce qu’elle refusait en croyant que le voodoo l’a appelé.

Il y a des formules pour faire tomber la foudre à volonté, afin de tuer par exemple un voleur récidiviste en prétendant que c’est le voodoo du tonnerre qui l’a puni. Si on place sur votre route une certaine plante et que votre véhicule passe dessus, vous ferez un accident dans le kilomètre qui suit. « Si dans certaines formules les principes naturels seuls agissent, dans beaucoup d’autres, les remèdes-incantations et les remèdes-offrandes sacrificiels n’opèrent pas par eux-mêmes dans le cadre de la guérison ; ils sont des vecteurs mystiques-symboliques ».3

Les principaux voodoos représentant des forces de la nature. Ils sont communs à tous ; on les appelle les dieux du peuple : Xévieso ou Shango, divinité de l’orage et du tonnerre, qui châtie en envoyant la foudre ; Sègbo Lissa le caméléon ; Hou la mer, demeure de Mamy Wata, la déesse ou dame des eaux, symbole de la beauté physique et dispensatrice de la richesse ; Sakpata, maître de la terre, a le pouvoir d’infliger ou de guérir la variole ; Dan ou Dangbé (Python regius), le serpent bon, parce que non venimeux, symbolise la continuité de la vie avec ses bonheurs et ses malheurs. À Haïti d’après un auteur du XVIII siècle, ce « vaudou » symboliserait la connaissance du passé, la science du présent, la prescience de l’avenir et la toute puissance ; l’Arc-en-ciel, lien entre ciel et terre est considéré aussi comme un serpent pourvoyeur de richesse. L’Ogou ou Gu, le dieu du fer, protège les forgerons et les guerriers ; il y a des arbres considérés et adorés comme voodoo tels que l’Iroko (Loko) ou le Kolatier. Le soleil est le voodoo du feu ; enfin le Lègba ou Eshou une divinité fantasque, messagère des autres divinités, incarne le destin ; il est chargé de la sécurité des maisons, des villes, des marchés. Parfois des anomalies physiologiques sont considérées comme des voodoos, par exemple un enfant albinos, un hydrocéphale, les jumeaux.

La deuxième catégorie de voodoos est celle des voodoos ancestraux

Dans sa recherche de l’origine de la vie pour se relier au Dieu créateur de tout, l’Africain a commencé à vénérer l’ancêtre fondateur de son lignage au niveau de la famille, du clan, de la tribu et de la dynastie…

Guédègbé, le célèbre devin de la cour royale, a défini le voodoo comme « le culte que nous rendons à nos souvenirs les plus chers » notamment le souvenir de nos racines humaines, c’est-à-dire de l’ancêtre qui rassemble tous les enfants du lignage pour tisser la fraternité, garder l’unité et la stabilité du noyau familial. Ainsi est né le culte des ancêtres. Cette démarche positive de piété filiale trouve sa justification dans le 4eme commandement de Dieu qui prescrit d’honorer son père et sa mère. Dans ce contexte, commémorer le souvenir de nos morts n’est pas la simple célébration d’un mémorial mais une communion au mystère de Dieu, puisque le paradis est le lieu où vivent les ancêtres qu’on retrouvera. Ceux d’entre eux qui ont maîtrisé des forces de la nature ou des connaissances deviennent des divinités voodoos susceptibles de transmettre leurs pouvoirs à leurs descendants au cours des transes de possession.

Des prêtres organisaient des cérémonies au niveau de chaque unité constitutive de la société : maison, quartier, village, région, royaume. Mais la pratique du culte des ancêtres divinisés s’est transformée en un instrument de pouvoir, de manipulation et d’exploitation. Le Père-ancêtre-vénéré a pris un visage ambivalent, soit celui d’une déité qui accorde des bienfaits si on lui offre des sacrifices, soit celui d’une puissance qui peut punir ou tuer ses descendants en instaurant un climat de menace ou de peur. De même, l’image de la femme, de la mère porteuse et donneuse de vie a été pervertie. En référence à la marâtre des familles polygamiques, elle est devenue la sorcière qui tue. Ainsi donc par volonté d’exploiter et de mystifier, des germes de soupçon et de méfiance ont défiguré le culte des voodoos ancestraux et brisé la cohésion familiale.

La troisième catégorie est celle des voodoos créés autour de la figure du roi.

Pour contrer et contrôler les autres voodoos, pour garantir l’ordre socio-politique et coordonner tous les clans, le Roi a fait de la société-nation un voodoo et est ainsi devenu le détenteur du pouvoir de vie et de mort, de la violence légitime. Le voodoo royal a joué une fonction idéologique de légitimation du pouvoir et d’intégration sociale dans la société traditionnelle. Il a même intégré les voodoos des peuples conquis ou alliés en les ramenant avec leurs prêtres dans la capitale politique, Abomey. Désormais à partir du règne du Roi Glélè, les voodoos seront hiérarchisés. Les voodoos de la famille royale comme Agasu, l’ancêtre fondateur de la lignée royale et d’autres comme Zomadonou, Ninssouhoué, Tohossou, le roi des eaux : lagunes, sources et puits, devinrent prééminents jusqu’à l’éclatement des centres de pouvoir après la colonisation.

La quatrième catégorie de voodoo a été introduitedans la cour du Roi, à partir du Nigeria

Le Fâ, puissance magico-sorcière, considérée comme la mère des voodoos et donc la divinité la plus importante du panthéon du Sud-Bénin, est la divinité de la connaissance occulte et du savoir par la divination avec la technique de la géomancie. Il est à la fois la divinité et le système de divination.

Le Roi va s’en servir pour jouer son rôle de contre-pouvoir de toutes les autres catégories de voodoos. L’interprète du Fâ le Bokonon en est le prêtre. Les rois le sollicitaient souvent, et la consultation du Fâ pour toute décision publique ou même privée a fini par s’imposer, qu’il s’agisse d’établir un diagnostic médical, d’éclairer le présent, de décrypter ce que l’avenir obscur lui réserve ou d’explorer le passé. Le Fâ révèle l’horoscope ou le signe de vie des gens, prescrit les sacrifices à offrir aux voodoos, les interdits à respecter pour apaiser sa crainte, vivre en harmonie avec les divinités et s’assurer une vie dans l’au-delà.

Le Fâ a deux aspects : l’un culturel pour le Fâ extérieur qui comporte des chants, des proverbes, des récits, des contes. Les Bokonon en parlent volontiers. Mais il y a le Fâ mystique qui sert à l’initiation au pouvoir occulte et dont on ne dit rien car il repose sur le Gbadou, un pouvoir presque satanique qui ne s’acquiert qu’après avoir commis un forfait ignominieux, un meurtre rituel, par exemple tuer un bébé dans le sein de sa mère avec un bâton, donc supprimer une vie innocente en sa genèse. Cebâton devient le symbole d’un pouvoir qui s’apparente à celui des sorciers ou des chamanes.

Enfin le voodoo Kenninssi, source de la magie (blanche ou noire) est en fait la synthèse de toutes les divinités, au nombre d’environ 40 fois 4 = 160, soit la totalité des divinités. Il peut donc prétendre détenir le pouvoir redoutable d’anéantir tout sorcier ou opposant.

2. Les cultes et le rituel du Voodoo béninois

Le culte dévolu aux divinités voodoo réclame un corps sacerdotal hiérarchisé, une société de fidèles, des couvents, des autels pour la prière, les sacrifices, et enfin une tradition orale. Il se caractérise par 3 traits fondamentaux :

L’initiation des adeptes consiste en une suite de rituels s’étendant sur une période de plus ou moins longue durée. C’est par la divination du Fâ qu’on recrute les novices. L’entrée au couvent est comme une mort symbolique du novice, une période de réclusion et surtout d’apprentissage de la langue secrète sacrée, des chants, de la danse pour honorer le voodoo qui viendra prendre possession de lui. Le voodoo est une religion de la danse.

Pour le rituel de sortie, le novice (homme ou femme) prend un bain rituel, reçoit un nom nouveau et fait sacrifier des animaux. Pendant les danses, il entre en transe pour devenir épouse ou monture du voodoo. Un pacte secret scellé par la prise d’une boisson mêlée de sang va lier désormais « l’épouse » du voodoo qui ne devra jamais le violer sous peine de mort ou de très grave sanction

Le rôle de l’initiateur est de modifier en profondeur la personnalité du novice et de le préparer à accepter ou à provoquer la crise de possession par les puissances spirituelles du Voodoo. Il s’agit, comme dans les techniques du Nouvel-Age de modifier l’état de conscience de l’individu pour l’intégrer à la conscience unitive.

La transe de possession noue des rapports étroits et très particuliers entre l’adepte et son voodoo en vue d’une identification. Cette transe revêt un aspect contrôlé pour les voodoos de lignage (Tohossou – Ninssouhoué), et un aspect un peu plus violent dans les autres cas (Sakpata – Dan Xèvieso).

Enfin le sacrifice sanglant : le sang des victimes qui baigne le novice et l’autel du voodoo a pour but de leur donner de la vigueur ; aussi les divinités réclament-elles périodiquement des sacrifices d’animaux dont dépendent leur puissance et la considération qu’on leur accorde. Quand on néglige le voodoo, il dépérit et s’en venge d’une manière ou d’une autre.

3. Du Voodoo béninois au Vaudou Haïtien et Brésilien.

Lorsqu’ils furent déportés en Amérique, les esclaves noirs étaient baptisés de force, obligés de pratiquer le christianisme. Ils avaient tout perdu sauf la connaissance et les souvenirs des cultes africains. Le vaudou, différemment orthographié, leur servait d’abord de mémoire pour s’évader hors de l’aliénation du travail forcé dans les champs de canne à sucre, puis de communion spirituelle avec l’Afrique devenue paradis perdu. Enfuis des plantations, se cachant dans les montagnes, ils parviennent à se forger une identité commune dans un « melting pot » vaudou et à renforcer leur cohésion en tant que groupe. Avec le vaudou comme mode de résistance, les esclaves utilisent ses croyances pour sceller des pactes de sang en vue d’exterminer les Blancs par le poison. Le vaudou a été une force de mobilisation et aussi de terreur. Les animateurs de révoltes étaient souvent des prêtres vaudou. Cette religion a donc nourri une contestation prophétique qui a abouti, avec Toussaint Louverture, originaire du Bénin, aux luttes de libération menées avec Ogou le dieu de la guerre et à l’indépendance d’Haïti en 1804.

En Haïti, les croyances et les pratiques religieuses sont marquées par le syncrétisme et le compromis. Le vaudou imprègne la vie de chaque haïtien même quand il ne le pratique pas ouvertement ; il est une base d’interprétation de la vie quotidienne car il y a toujours eu une corrélation étroite entre l’activité du vaudou et les activités sociales d’Haïti.

– Le vaudau Haïtien

Les voodoos d’Outre-Atlantique étaient différents de ceux d’Abomey. Les esclaves provenaient de toutes les régions d’Afrique. On les mélangeait pour leur faire perdre leur identité d’origine. Même si en Haïti beaucoup étaient originaires de la Côte des esclaves, le vaudau haïtien fut d’abord la synthèse des croyances Fon (du Golfe de Guinée) et Bantu (d’Afrique centrale et du Kongo) et des natifs de Saint-Domingue.

Toutes les religions autres que le catholicisme étant interdites, le voodoo ne put survivre et prospérer en Haïti qu’en s’abritant derrière le masque des saints, des fêtes et des rites chrétiens d’où un nouveau syncrétisme avec la religion des maîtres. Enfin le vaudau haïtien s’appropria aussi les valeurs et les symboles spirituels des rares Indiens Caraïbes qui ont survécu.

Le vaudau haïtien, contrairement à celui du Bénin, s’est constitué en religion pleinement autonome. Les transes de possession y atteignent un degré de violence spectaculaire, très dangereux, que le prêtre, le « mambo », doit apprivoiser et canaliser. Elles se produisent généralement à l’occasion de la fête annuelle du voodoo.

Le 25 juillet de chaque année, des milliers de personnes vont en pèlerinage à Bassin Saint Jacques situé dans la plaine du Nord pour honorer le dieu Ogou leur protecteur appelé aussi Saint Jacques le Majeur. Ils lui adressent d’intenses prières et dévotions ; après quoi ils prennent un bain de boue chaude pour se débarrasser symboliquement de toutes leurs saletés. Ce rituel leur donnera la force d’un guerrier et l’espoir de combattre les mauvais coups de la vie et d’entrer en communication directe avec les entrailles de la terre en fusion, avec Ogou.

– Le vaudau au Brésil

À Salvador de Bahia la population métisse ou noire, est d’origine africaine à 80 %. Le Candomblé est un culte secret qui se réfère aux voodoos du Bénin issus des Nago et Yoruba de Kétou au Bénin. Une prêtresse appelée mère de sang initie les novices au culte des Orishas en les préparant au Baptême voodoo dans des bains de feuilles macérées. Cette cérémonie d’initiation est dédiée au dieu OSHALA, le Créateur suprême, avec l’appui de Eshu, le Lègba du Bénin, et d’Ogou le guerrier qui ouvre la voie. Tout comme au Bénin, on enseigne ici la danse du Voodoo et les danses de possession.

Yémadja est une divinité très populaire au Brésil. On la considère comme la mère de tous les Orishas et on l’assimile à la Vierge Marie. Dans les couvents ou lieux de culte, les images du Sacré-Coeur et celles des saints voisinent avec les représentations des divinités voodoo. Tous les ans, le 2 février, s’organise un pèlerinage vers Rio de Melio où le fidèle apporte à Yémadja des cadeaux : parfums, fleurs, gâteaux, miroirs, tout en lui présentant ses propres demandes et ses souhaits.

II. Les défis du culte et des pratiques voodoo à la lumière de la Bible

Le voodoo est le produit d’influences multiples et complexes ; la conjonction entre des forces naturelles et des forces occultes diverses. Pour la foi chrétienne et notre liberté d’enfants de Dieu, elle nous expose à l’idolâtrie, au syncrétisme religieux, au spiritisme et à la nécromancie, à la voyance et à la divination dans le climat mystérieux des ordres ésotériques, enfin à des troubles spirituels graves : liens, oppression, envoûtement, voire possession. Précisons certains de ces points.

1. Culte des ancêtres et syncrétisme

Certes, à la base du culte ancestral du voodoo, il y avait une recherche positive du Dieu Créateur Tout-puissant, des forces naturelles bénéfiques. Mais il y a eu déviation lorsqu’on a divinisé les ancêtres et substitué leur culte à ce que condamne le premier commandement de Dieu. Toute tentative d’inculturation de cette pratique se heurte à de vives réactions d’hostilité. Le refus de quitter père et mère pour suivre uniquement Jésus constitue un obstacle à la pureté de la foi de beaucoup d’Africains et de Noirs marqués par les fondements du voodoo. Pour justifier ce syncrétisme, certains prétendent que le Seigneur a dit : « Aide-toi et le ciel t’aidera » ou encore : « Si tu veux vénérer tes ancêtres, il faut leur emboîter le pas et ne pas changer ce qu’ils ont fait ». Ils confondent abusivement le culte idolâtrique et la culture originale, riche incontestablement.

2. Spiritisme et Nécromancie

Avec le culte des ancêtres se perpétuent des pratiques de spiritisme et de nécromancie. En effet « lorsqu’on interroge les défunts, disait Tertullien, ce sont des démons qui nous répondent ». Le spiritisme et la nécromancie qui visent à mettre l’homme en contact avec les esprits des morts et les esprits des voodoos-idoles sont très dangereux. D’après les croyances voodoo, certains ancêtres exercent un patronage sur leurs descendants sans qu’il ne s’agisse de réincarnation. Cela engendre des emprises et conduit au culte dit des revenants (Kutito, Egoun, Oro) organisés en sociétés secrètes avec des pouvoirs maléfiques redoutables.

Un père de famille aurait tué sa fille de 13 ans parce qu’elle a osé toucher l’habit de cérémonie qu’il porte pour danser. Il l’avait mis à sécher. L’enfant avait cru bien faire en l’enlevant pour qu’il ne soit pas mouillé par la pluie. Un jeune initié ayant manqué de respect à un ancien et se refusant à quitter l’habit sacré aurait été tué par une incantation qui l’a vidé de tout son sang.

Lorsque des gens sont touchés par les maléfices des voodoos-sorciers, il est très difficile de les délivrer. L’exorciste Dom Amorth a dit que les maléfices les plus coriaces qu’il ait eus à conjurer étaient liés au culte du Serpent Dambala et de la divinité de l’Arc-en-ciel ; il s’agit d’une magie haïtienne associée à la magie africaine et à celle du Macoumba. Selon qu’on a invoqué tel ou tel voodoo ou des esprits d’animaux, ceux-ci s’introduisent dans la personne ou lui imposent de faire des contorsions de serpent, d’aboyer comme le chien, de battre des ailes comme un coq, dès que ces personnes se trouvent dans un groupe de louange ou un contexte de prière de délivrance. Les transes de possession se déclenchent généralement en ces moments-là. La transe véritable ne peut être un mode de communication avec Dieu, mais le signe de l’emprise d’un esprit rebelle.

3. Le Vôdouisme est une idolâtrie

Dans le culte de certains voodoos les praticiens adorent par médiums ou prêtres interposés des idoles matérialisées en terre ou en bois, des idoles animales, végétales ou aquatiques, devant lesquelles on se prosterne, à qui on fait des offrandes, des sacrifices de sang. Or Saint Paul a dit que les sacrifices faits aux idoles sont offerts à des démons et non à Dieu. Ceux qui y participent communient donc à la table des démons et il en résulte pour eux ou pour leurs proches des liens graves, des emprises démoniaques, des malédictions.

Les sacrifices humains, accomplis lors de certaines initiations comme dans le Fâ-sorcier ou l’érection des statues de Lègba et des pactes de sorcellerie, permettent d’acquérir de hauts pouvoirs occultes et des fortunes considérables. Le sorcier manipule des forces extraordinaires car il est possédé par un esprit mauvais. La consécration des enfants dès le bas âge à un voodoo, en contrepartie d’une demande faite par les parents, les expose à l’oppression des esprits succubes et incubes dits maris et femmes de nuit ; c’est aujourd’hui un véritable fléau pour des femmes chrétiennes qui veulent vivre leur foi ou se consacrer à Dieu.

Un intellectuel béninois4 a écrit que le voodoo est disqualifié pour aider ou sauver l’homme, construire une famille équilibrée, développer un pays. « La réalité du voodoo est de poison et de sang, de mort violente, de pieux qu’on enfonce dans le sol pour déclencher le malheur, de crâne humain qu’on déterre, d’animaux égorgés pour acquérir force et puissance occultes en vue d’assouvir des vengeances ». Tout cela accentue le climat de peur dans la société. Même si tous les voodoos ne sont pas liés à des engagements de sorcellerie, les pratiques du voodoo-sorcier jettent un grave discrédit sur la religion voodoo, car l’une des prouesses les plus courantes est l’oppression par les projectiles invisibles : le « chakatou », qui loge dans le corps de la victime des tessons de bouteille, des aiguilles, des hameçons, des dents d’animaux, même des animaux vivants : gecko, lézard, poisson, etc.

Par le gris-gris qui est un jet de sorts maléfiques, on peut éliminer un rival, un adversaire, un client ou encore aller, dans l’invisible, l’empoisonner pendant qu’il mange, soit pour le tuer, soit pour l’envoûter ou lui ôter toute énergie. Si la victime ne se fait pas soigner ou délivrer à temps il peut mourir. On trouve l’antidote contre ces attaques parfois dans le milieu traditionnel, mais surtout dans les prières d’autorité au nom de Jésus, dans un contexte de louange vivante, la protection du sang du Christ invoqué dans la foi et l’humilité ; faute de quoi, des chrétiens laïcs et même des consacrés peuvent être victimes des maléfices de sorcellerie ou d’empoisonnement.

4. La divination, un pilier du Voodoo, un piège ténébreux

Le recours à la divination par le système du Fâ pour connaître les causes des malheurs, de nos maladies, jette aussi la suspicion sur les méthodes de certains guérisseurs traditionnels. Si la démarche du Fâ était vraiment scientifique comme le soutiennent les intellectuels pro-voodoo, pourquoi une de ses dimensions essentielles ne peut-elle être exposée ou révélée à tous ? Même les grands chercheurs spécialisés dans la religion voodoo – initiés ou non – sont tenus, sous serment ou pacte, de ne jamais révéler l’aspect mystique occulte du Fâ. Jésus qui est « le Chemin, la Vérité, la Vie » (Jn 14,6) a dit que « rien en effet n’est voilé qui ne sera révélé, rien de caché qui ne sera connu. Ce que je vous dis dans les ténèbres, dites-le au grand jour ; et ce que vous entendez dans le creux de l’oreille, proclamez-le sur les toits » (Mt 10, 26-27), car « ses paroles sont esprit et elles sont vie » (Jn 6, 63).

Un chrétien a étudié à fond les vertus des plantes et les moyens naturels de guérison. Devenu un guérisseur réputé il se mit au service de l’Église pour empêcher les chrétiens de se faire piéger par les occultistes. Mais pour obtenir des informations chez les prêtres voodoo, il a dû s’engager à ne pas divulguer certaines recettes ou formules. Peu à peu il devint désobéissant vis-à-vis de l’autorité religieuse. Il s’associa à un devin-voyant et il obligeait ses clients à aller consulter avant de recevoir son traitement. Sa propre vie chrétienne se dégrada. On court donc de grands risques à coopérer avec les pouvoirs ésotériques traditionnels. Lorsqu’on trahit un secret ou qu’on viole un pacte de sang on s’expose à l’empoisonnement, l’envoûtement, voire à la folie.

Des prêtres haïtiens impliqués dans des études ou des recherches sur le voodoo ont finalement quitté les ordres et rompu avec l’Église. Il y a donc incompatibilité entre la pratique de l’ésotérisme du voodoo et la foi en Jésus.

Si des personnes acceptent qu’on fasse des pratiques et des rituels de voodoo chez eux et qu’ils décident de tout arrêter, leur vie peut devenir un enfer. Les forces occultes invoquées pour protéger la maison peuvent se retourner contre elles ou leur parenté. Si un membre lié par un pacte à un couvent de divinité décide de quitter, il risque d’être simplement éliminé.

5. Les risques des pratiques Voodoo pour les chrétiens

Lorsque les personnes envoûtées, oppressées vont voir un médecin, celui-ci ne découvre aucun symptôme par auscultation, radiographie ou scanner. Si des thérapeutes chrétiens combinent les pratiques traditionnelles avec leurs connaissances des plantes ils ne peuvent que rarement éviter les sacrifices d’entrée dans la thérapie et les bains rituels de purification. Or les sacrifices lient les malades au voodoo et entravent leur vie spirituelle. Le sorcier-guérisseur peut donner un bienfait, un enfant, de l’argent ou la réussite, mais il peut, si les circonstances le poussent, devenir plus agressif et éliminer l’ennemi contre lequel on a fait appel à lui. Les consécrations aux voodoos, à Mamy Wata se révèlent plus tard comme des mariages occultes aliénants, un marché de dupes. Recourir aux pratiques du voodoo c’est souvent s’engager dans un engrenage de menaces, de peur, de règlement de comptes alors que les actes positifs attribués aux voodoos ne sont pas évidents et sans contrepartie. Parfois des guérisseurs adeptes de voodoo refusent de recevoir des malades chrétiens qui portent la croix ou des médailles bénites. S’ils redoutent la croix du Christ c’est que celle-ci dérange l’esprit de leur voodoo. Et cela est significatif.

En définitive déclarent ses partisans, le « voodoo n’est pas bon ou mauvais en soi ; est voodoo ce que l’homme dit être voodoo ». C’est dire que « le voodoo ignore la transcendance et s’y refuse dans son essence même »5. Ainsi le voodoo qui possède un adepte se retire de lui à sa mort et l’abandonne à son sort éternel après l’avoir détourné du chemin du salut. Le prophète Baruch a raison : « Ces idoles ne peuvent sauver un homme de la mort, ni arracher le faible aux puissants ni délivrer un homme en détresse ; ils sont impuissants à rendre la justice et à faire du bien aux hommes Tout ce qui se fait pour eux est mensonge ; comment alors peut-on dire que ce sont des dieux ? Sachant donc que ce ne sont pas des dieux, ne les craignez pas » (Ba 6, 35-63).

III. Confusion et prétentions du culte Voodoo

1. Une propagande de plus en plus efficace

Le Bénin a organisé en 1992 un festival culturel du voodoo et une Communauté Nationale du Culte voodoo a été créée. Le chef de l’État a institué pour la première fois la fête nationale du culte voodoo, fixée au 10 Janvier. La Nouvelle Constitution mentionne les mânes des ancêtres et leur rend hommage. Au cours d’une campagne électorale présidentielle la télévision a montré en direct une cérémonie avec des prêtresses voodoo la bouche appliquée sur la carotide d’un bœuf égorgé dont elles buvaient le sang ; cette cérémonie viserait à soutenir le chef politique qui avait favorisé la reconnaissance nationale de leur culte.

Le porte-parole de la Communauté nationale du culte voodoo déclare que le « voodoo est l’héritage culturel le plus précieux que nos ancêtres nous ont légué et que renoncer au voodoo c’est renoncer à son identité culturelle et partant, à son origine ». En confondant intentionnellement le culturel et le cultuel, on fait du voodoo une idéologie dominatrice et totalitaire.

Un chef de culte voodoo a créé récemment une église de voodoo, le Thron force-tranquille, et institué une messe hebdomadaire du voodoo avec des séances de prières et d’initiation, au cours desquelles on pratique : tatouages, communion, transes, communication du système divinatoire du Fâ, homélie et offrandes. Et l’assistance est nombreuse, composée de Béninois, d’autres Africains et même des Européens et des Américains qui viennent se faire initier.

Chez les grands prêtres du culte voodoo il y a aujourd’hui un changement de discours pour présenter un visage rassurant de leur religion afin d’effacer l’image effrayante qu’elle donne habituellement quand on force quelqu’un à « boire le voodoo » ou à « subir le verdict du voodoo ». Pour cela ils s’inspirent des lettres pastorales des évêques catholiques, des prédications des prêtres pour déclarer sur les médias « que le voodoo prêche l’amour du prochain, la paix sociale, le pardon, la liberté ; que le voodoo est la même chose que l’Islam et le Christianisme, que le voodoo n’a rien à voir avec la sorcellerie noire et qu’il ne pratique que la bonne sorcellerie, la magie blanche que Dieu lui-même aurait créée tout comme il a créé les voodoos. »

Des cadres intellectuels acquis au voodoo ont conçu le projet de créer un institut supérieur de théologie du voodoo. Le chef suprême du culte voodoo du Bénin a dit au Pape Jean-Paul II de passage au Bénin : « Lorsque vos chrétiens sont en difficulté et ne trouvent pas de solution à leurs problèmes ils s’adressent aux praticiens du voodoo ».

Dans les hôpitaux, lorsqu’ils ne trouvent pas les causes de certaines maladies, des médecins n’hésitent pas à recommander à leurs patients de chercher le salut du côté des tradi-praticiens qui mélangent naturothérapie, pratiques divinatoires, sacrifices et bains rituels. Hélas ! Oui les médications proposées dans le cadre des pratiques magiques sont efficaces, mais leurs conséquences sont désastreuses pour l’équilibre psychologique et la foi. Et pourtant aujourd’hui le voodoo semble gagner du terrain.

2. L’expansion du voodoo en Europe

La séduction des pratiques voodoo s’inscrit dans le contexte de déchristianisation rapide qui pousse les chrétiens ou les païens non évangélisés et baptisés de l’Europe à rechercher des spiritualités de substitution : hindouisme, bouddhisme avec le zen, le yoga qui habitue progressivement à se passer de Dieu et de la Grâce, enfin le New-Age qui emprisonne les gens dans son réseau tentaculaire. La sophrologie par exemple, d’après le père Joseph-Marie Verlinde, emprunte ses principes au voodoo, au macoumba, au Tantrisme supérieur, au yoga et à l’ordre initiatique. Or, vous le savez, la sophrologie est introduite dans le système hospitalier français tout comme la radiesthésie divinatoire par le biais des magnétiseurs et des kinésithérapeutes.

De l’Afrique venaient déjà les marabouts musulmans invocateurs des « djinns », (génies), les églises guérisseuses qui procèdent par bains purificateurs et transes dites prophétiques. Le climat est donc favorable à la diffusion en Europe des pratiques, voire du culte voodoo.

La peur, l’angoisse existentielle, les traumatismes psycho-affectifs, la dislocation des familles, l’enseignement médiatisé des techniques de magie à l’école de Harry Potter, la culture de la sorcellerie avec le « Halloween » sont des facteurs fragilisants qui préparent à accueillir la culture exotique du voodoo. En Europe, le culte voodoo se répand de plus cri plus. Les maisons de vente par correspondance vendent des poupées « voodoo » avec mode d’emploi. À Essen, en Rhénanie, la première clinique voodoo a ouvert ses portes ; à Berlin il y aura cette année la première grande manifestation voodoo initiée par un prêtre danseur voodoo, originaire du Bénin qui vit à Paris.

Les religions africaines ont été appelées religions de la peur, à cause des ancêtres et des « voodoos » offensés qui ne pardonnent jamais. Les chrétiens savent pourtant qu’ils n’ont pas reçu un esprit de crainte qui les rend esclaves et les ramène à la peur, mais un Esprit qui fait d’eux des fils adoptifs et les fait crier : « Abba, Père » (Rm 8, 15). Malheureusement des chrétiens apparemment engagés se livrent même à la sorcellerie par peur ou pour se protéger par l’occultisme.

La solution à cette situation, la réponse aux défis du culte « voodoo » se trouve dans une pastorale adaptée et dynamique qui nous fasse vivre comme des enfants de lumière débarrassés de la crainte, sur lesquels les forces des ténèbres n’ont pas de prise, sauf si nous devenons leurs complices.

La religion du voodoo comme toutes les religions naturelles de tous les peuples, constitue une étape dans l’évolution vers la révélation plénière en Jésus-Christ et non un asservissement par les forces d’en-bas, les forces obscures de déchéance.

IV. Une Pastorale appropriée.

Quelles sont les tâches pastorales urgentes de l’Église face au culte et aux pratiques du voodoo ? Les principales sont : l’évangélisation, la formation, l’éducation et la prière pour la délivrance avec l’exorcisme, en cas de nécessité.

1. Évangélisation

Avant tout, évangéliser dans la puissance de l’Esprit, en proclamant, la Parole de Dieu, qui est sans concession pour l’idolâtrie, le péché contre le 1er commandement. Le Seigneur réprouve la divination, le spiritisme, la magie, comme la rébellion. Dans le 1er livre de Samuel 15, 22-23, nous lisons : « Yahvé se plaît-il aux holocaustes et aux sacrifices comme l’obéissance à la parole de Dieu ? Oui, l’obéissance vaut mieux que le sacrifice, la docilité, plus que la graisse des béliers. Car c’est une rébellion, le péché de divination ». L’idolâtrie ouvre la porte aux malédictions de la loi.

La parole de Dieu est formelle : « Tu n’auras pas d’autres dieux devant moi. Tu ne te prosterneras pas devant ces dieux ni ne les serviras » (Dt 5,7,9). « Ne vous tournez pas vers les spectres et ne recherchez pas les devins, ils vous souilleraient. Je suis Yahvé votre Dieu » (Lv 19,31) ». « J’affirme au contraire, précise Saint Paul, que les sacrifices des païens sont offerts aux esprits mauvais et non à Dieu » (1 Co 10,20).

« C’est pourquoi, mes bien-aimés fuyez l’idolâtrie » (1 Co 10,14) qui entraîne la déchéance en tous les domaines pour les auteurs de pareilles actions que le verdict de Dieu déclare dignes de mort. (Rm 1, 26-32). Des villes ou même des états qui se vouent aux voodoo et le revendiquent avec fierté montrent souvent une absence de progrès, la stagnation économique, bref la déchéance, selon la Parole de Dieu. « L’obéissance au commandement divin est la gloire d’Israël. L’idolâtrie l’entraîne dans sa suprême déchéance » (Ps 106,20). « Ils seront tous humiliés, déshonorés, couverts de honte, ceux qui fabriquent leurs idoles » (Is 45,16).

Jésus a déclaré qu’Il est « La Lumière du monde et que celui qui le suit ne marchera pas dans les ténèbres mais aura la lumière de la vie » (Jn 8, 12). Que dire de plus ? Proclamons cette bonne nouvelle et l’Esprit-Saint touchera les cœurs pour les conduire à la confession des péchés, au repentir et au baptême si nécessaire. On ne peut pas brûler les étapes de la conversion qui consiste à rencontrer Jésus et à croire en Lui pour le suivre.

Renoncer à toutes les pratiques et déviations en rompant radicalement avec Satan et les idoles. Dénoncer les pactes et contrats qui nous lient : ceux dont les parents sont peut-être responsables et ceux de nos propres compromis afin d’annoncer librement que Jésus est notre Seigneur et notre Dieu, le Seigneur de toute notre vie et se soumettre à Lui.

2. Formation

Éduquer et former les chrétiens pour qu’ils soient conscients des dangers que le culte voodoo fait peser sur leur foi, sur leur vie et leur équilibre psycho-mental en leur proposant une thérapie naturelle piégée et parfois des moyens de nuire aux autres : d’autant plus qu’en Afrique, à Haïti et au Brésil, ces traditions, ces cultes et pratiques se perpétuent de génération en génération. Ce n’est pas le seul fait des illettrés non scolarisés ; car aujourd’hui des universitaires se font introniser chefs du culte voodoo familial, ce qui leur rapporte des avantages matériels substantiels et un grand prestige.

L’Église devrait bien discerner les dons, les connaissances, la foi et la soumission des thérapeutes chrétiens pour que ceux-ci ne deviennent pas des relais vers l’engrenage de l’occultisme et du spiritisme. Il ne s’agit pas de rejeter aveuglément la médecine africaine traditionnelle ni de suspecter tous ceux qui guérissent par les feuilles. Il vaut mieux étudier ces moyens avec rigueur comme un don précieux de Dieu.

L’Église doit avertir, informer, mettre en garde pour que les fidèles abusés ne cèdent pas à l’esprit de peur ou de compromis. Son discours doit être clair pour dire que certaines pratiques sont dangereuses et nous exposent à des liens d’oppression, et ouvrent, dans la vie de ceux qui s’y adonnent, des portes à l’ennemi. Ainsi pourraient-ils dire non à ceux qui présentent toutes les pratiques du voodoo comme de simples manifestations culturelles ou de simples médications sans conséquences spirituelles. Ils devraient refuser de croire aux prédictions des devins sinon elles agiront finalement comme des injonctions auxquelles ils donneront leur adhésion. Que de chrétiens vont à la Table Sainte avec des ceintures occultes aux reins, des bagues magiques au doigt, des gris-gris enterrés dans leur maison !

L’Église devrait dire fermement aux adeptes du voodoo qui croient professer le monothéisme qu’ils vivent dans un polythéisme sous jacent. Et les chrétiens formés sur une base biblique pourraient déclarer à leurs frères et sœurs du culte voodoo : « Le Dieu que vous évoquez parfois comme couverture de vos actions idolâtriques, le Dieu que nos pères cherchaient, c’est Lui que nous vous annonçons. Si vous dites que Dieu est Tout Puissant, pourquoi ne l’adorez-vous pas et ne lui demandez-vous pas ce que sa Providence vous offre gratuitement ? » Évangélisons sur l’unicité et la sainteté de Dieu et aussi sur la réalité de la lutte contre le démon. Le Père nous a donné un cœur nouveau, un Esprit nouveau pour nous purifier de nos souillures et pour que nous observions et pratiquions ses coutumes et ses commandements (Ez 36,27).

Sonnons de la trompette pour dire que les diverses pratiques du voodoo constituent une synthèse des transgressions les plus graves de la Parole de Dieu, celles qu’il a en abomination. Ensuite conduisons-les vers le trône miséricordieux du Seigneur Jésus Eucharistie pour les délivrer par la puissance de celui qui a été consacré et envoyé pour porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs la délivrance. (Lc 4, 18)

3. Les chemins de la prière de délivrance

Prier pour libérer les captifs des maléfices et des infestations du voodoo, ce n’est pas d’abord s’attaquer aux esprits des ancêtres, de la divination ou de la sorcellerie, mais conduire ces frères à Jésus qui seul peut les délivrer des pièges dans lesquels ils sont tombés, sans les juger ni les condamner et les mettre en sécurité dans son cœur transpercé. Il ne s’agit pas d’entrer dans un combat singulier contre tel ou tel esprit mais d’assister et d’accompagner les victimes pour qu’elles mènent une vie chrétienne appuyée sur les sacrements, l’adoration eucharistique, la récitation du Rosaire évangélique, des litanies de la Sainte Vierge et de Notre-Dame de la Délivrance afin de déstabiliser les esprits démoniaques.

Les personnes non baptisées issues du milieu voodoo ou qui ont été touchées par ces pratiques devraient s’engager à se préparer au baptême. En attendant, sachons que pour des catéchumènes il est possible de faire un exorcisme prébaptismal.

Avant d’arriver à la prière de délivrance proprement dite ou même à l’exorcisme, il serait bon d’inviter le patient à faire les démarches suivantes :

– Confession des péchés et repentance : il faut appeler péché ce que la Parole de Dieu déclare péché.

– Démarche de pardon dans l’Esprit en priant assez longtemps pour faire la paix avec ceux qui nous font ou nous ont fait du mal. Le pardon s’adresse notamment aux offenseurs vivants et surtout aux ascendants défunts, aux ancêtres dont nous pouvons confesser les péchés à Dieu (cf. Ne 9, 1-6, Lv 26, 40). Le pardon du cœur prépare à la prière de guérison intérieure, étape également importante, et facilite la délivrance.

– C’est dans ce contexte que se situerait l’eucharistie pour la guérison ou la délivrance de l’arbre généalogique qui met en œuvre, comme toute célébration eucharistique, la puissance de salut et de réconciliation pour toutes les multitudes rachetées par le sang du Christ. En nous réconciliant notamment avec nos ancêtres, elle nous permettra de vaincre la peur qui nous maintient dans la crainte de la colère des ancêtres. Cette eucharistie se termine normalement par un puissant ministère de délivrance et de guérison. Informons-nous bien à ce sujet pour nous libérer des préjugés qui nous ferment à la grâce de Dieu.

– La prière de délivrance proprement dite, considérée éventuellement comme une préparation à l’exorcisme, se fera dans un contexte de louange puissante avec les prières de l’Église, l’invocation du sang du Christ pour nous protéger, l’usage judicieux des sacramentaux et de l’intercession des saints. Cette prière culmine avec les prières d’autorité dans le Nom de Jésus pour couper les liens, briser les maléfices des poupées voodoo, des gris-gris et des amulettes, ou les malédictions proférées contre nous afin de dissuader les esprits de la sorcellerie et de la divination. N’oublions pas que le charisme du parler en langues pour intercéder donne à notre prière un impact plus puissant, comme en a témoigné le Père Rufus Pereira dès le début de son ministère sacerdotal et d’exorciste.

– On peut conclure les démarches préparatoires à la délivrance par une messe en l’honneur de la Sainte Trinité, une consécration à Jésus et l’invocation à l’Esprit-Saint pour être rempli de sa plénitude.

Ces simples suggestions ne constituent nullement un canevas. Elles sont le fruit d’une expérience limitée qui aide efficacement beaucoup de frères dans la foi.6 Que le Seigneur de gloire qui nous « a appelés des ténèbres à son admirable lumière » (1 P 2, 9) nous comble de son Esprit Saint pour mener le bon combat et remporter la victoire non seulement sur les esprits idolâtriques du voodoo, mais sur toutes les principautés, les puissances, les régisseurs de ce monde de ténèbres sur les esprits du mal qui habitent les espaces célestes » (Ep 6, 12). Que le Nom de Jésus-Christ soit glorifié à jamais.

Notes

1. Rouget Gilbert. Bénin, Initiatique Voodoo : Ed. Sépia, p. 5. Paris 2001

2. Kohoude S.B. La thérapie traditionnelle Aja face à la sorcellerie. In « La voix de St Gall », La sorcellerie en milieu africain, t. 2 : p. 41

3. Kohoude S.B. idem, p. 41

4- Gbégnonvi Roger. Le voodoo disqualifié ; in « Le Citoyen », n°45 du 19-08-96.

5. Gbégnonvi Roger. idem p. 9

6 et 7. cf. PLIYA Jean. Des Ténèbres à la Lumière, Osez prier pour la délivrance. Ed. Saint-Paul, 2° édition, Paris. 2003.

Jean Pliya est un laïc ; originaire du Bénin, il vient fréquemment en France.