Saint Jean de Cronstadt parle de l’eucharistie

Pourquoi serait-ce un prodige que Dieu Lui-même, Créateur des choses visibles et invisibles, transforme, transsubstantie le pain et le vin en son propre Corps infiniment pur et son Sang infiniment précieux ? Le Fils de Dieu ne s’incarne pas à nouveau en ces éléments car il s’est incarné une fois pour toutes, mais c’est dans cette chair qu’Il a assumée, qu’Il transforme le pain et le vin, Lui qui a multiplié les cinq pains et nourri ainsi des milliers de personnes au désert.

Il y a dans la nature un nombre incalculable de mystères que notre intelligence ne peut comprendre ; bien qu’ils revêtent des formes concrètes, ils gardent leur secret. De même en ce Sacrement du Corps et du Sang qui donne la Vie, ce m’est un Mystère que le fait du pain et du vin devenant Corps et Sang du Seigneur. Mais la réalité est bien là, malgré que le Mystère reste incompréhensible.

Quand tu reçois les saints et vivifiants Mystères, représente-toi précisément le Christ Lui-même dans la forme du pain et du vin. Désigne mentalement les Saintes Espèces du nom de « Jésus-Christ ». Regarde dans le profond de ton cœur et là repose-toi et converse avec ton Hôte qui donne Vie.

Si tu reçois ainsi les Saints Mystères avec une foi profonde, tu constateras qu’ils t’apportent une inénarrable paix dans le fond de ton être. Tu te sentiras léger et merveilleusement heureux. Le Seigneur nous comble de bienfaits dans la mesure de notre foi ; Son Corps et Son Sang se manifestent comme autant de sources de vie, de braises enflammées dans le cœur du croyant, selon le degré de ses dispositions.

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« Je suis avec vous jusqu’à la consommation des siècles » Oui, Maître, il en est ainsi. Tu es avec nous tout au long des jours ; pas un seul jour passé sans Toi, car sans Ta puissance nous ne pouvons pas vivre. Tu es avec nous surtout dans le sacrement de Ton Corps et de Ton Sang. Oh combien véritable et essentielle est Ta Présence dans les saints mystères ! Toi, notre Seigneur dans chaque liturgie, Tu habites un corps vil et semblable au nôtre à tous égards hormis le péché, et tu nous nourris de Ta Chair Vivifiante. Par le sacrement, Tu es tout à nous ; Ta Chair s’unit à notre chair et Ton Esprit à notre âme et nous expérimentons cette vivifiante union, très paisible, très douce. Nous sentons qu’en nous unissant à Toi dans la Sainte Eucharistie nous devenons un seul Esprit avec Toi, ainsi qu’il est dit : « Celui qui s’unit au Seigneur est un seul esprit avec lui » (…) Nous devenons comme Toi, bons, humbles et doux puisque Tu l’as dit de Toi-même : « Je suis doux et humble de cœur ».

En recevant les Divins Sacrements, sois aussi sûr que tu communies au Corps et au Sang du Christ que tu es certain de respirer l’air à chaque instant.

Dis-toi : « Aussi sûr que j’aspire l’air constamment, je reçois sûrement avec l’air mon Seigneur Jésus-Christ Lui-même, Lui ma respiration, ma Vie, ma Joie, mon Salut. Il est plus que l’air, à tout instant le souffle de ma vie ; Il est ma Parole avant tout autre parole, ma Pensée avant tout autre pensée, ma Lumière avant tout autre lumière, ma Nourriture et ma Boisson avant tout autre nourriture et boisson. Il est mon Vêtement avant tout autre vêtement, mon Parfum avant tout autre parfum, ma Douceur avant tout autre douceur. Il est mon Père et ma Mère plus que mes père et mère. Plus que la terre Il est le Sol le plus ferme que rien ne petit ébranler et qui me porte ».

De même que nous oublions, nous, créatures de cette terre, que nous respirons à chaque instant, ainsi oublions-nous que nous vivons, nous nous sauvons, nous existons en Lui. Si nous nous sommes creusé des « citernes crevassées », Lui a ouvert pour nous dans les Saints Mystères de Son Corps et de Son Sang, la source des eaux vives qui jaillissent en Vie Éternelle. Il se donne Lui-même à nous en nourriture et en breuvage afin « que nous puissions vivre par lui (…)»

St Jean de Cronstadt, Dans la lumière du Christ, Ed. L’Icône de Marie, 1998, pp.128, 131, 135.

Canonisé en 1990 par le patriarcat de Moscou, Jean de Cronstadt (1829-1908) est l’une des figures majeures de la spiritualité russe.

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