"Je voudrais ...
vous transmettre quelque
don spirituel (charisma)
qui vous affermisse"
(Romains 1,11)

Le Père Dominique Auzenet, prêtre catholique du diocèse du Mans, compose ce blog pour vous et avec vous.

envoyer un courrier-mail

qui suis-je ?

Pour vous tenir informé des dernières mises en ligne : inscrivez-vous dans "Flux RSS des articles" ci-dessous en vous abonnant sur votre navigateur.

Merci de bien vous identifier avec votre nom, sans quoi votre abonnement sera rejeté, en raison des nombreuses inscriptions fictives.

Derniers articles en ligne

mai 2012
L Ma Me J V S D
« avr    
 123456
78910111213
14151617181920
21222324252627
28293031  

Liberté de conscience et de religion

Dans le journal La Croix du 16 mai 2012 :

Le conseil permanent de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) a présenté lundi 14 mai une lettre pastorale sur la liberté de conscience et de religion. Ce document d’une douzaine de pages, à la tonalité ferme, dénonce le « relativisme agressif » qui, au Canada, tend à reléguer la religion dans la sphère privée. Solidement étayé, aussi bien sur le plan légal que théologique, ce texte n’élude rien des difficultés rencontrées par l’Église canadienne depuis plusieurs décennies.

Dans une société en proie à une virulente sécularisation, les évêques canadiens estiment en effet que les croyants de toutes religions peuvent enrichir la vie publique de leurs « innombrables contributions » dans le domaine de la culture, de la vie politique, de l’éducation ou de la santé : tous sont appelés à « poursuivre l’édification d’un monde où chaque individu, chaque communauté de foi et chaque société puissent jouir en droit et en pratique d’une authentique liberté de conscience et de religion », estiment les signataires.

DES « MENACES SUBTILES » QUI TARAUDENT LA SOCIÉTÉ MODERNE

Si la liberté de conscience relève essentiellement de l’individu, la liberté de religion est nécessairement « plus large », poursuivent-ils. Elle comprend la « capacité de choisir sa foi » et de « la pratiquer ouvertement ». Dès lors, il est légitime que l’Église catholique « revendique » ce droit afin de remplir sa mission, sans pour autant chercher à imposer sa foi à ceux qui ne la partagent pas.

Après avoir rappelé les fondements juridiques de cette liberté religieuse, les évêques canadiens condamnent vigoureusement les atteintes portées à ce droit fondamental dans le monde : 70 % des pays y imposeraient des restrictions. Mais ce qui préoccupe l’épiscopat, ce sont aussi ces « menaces subtiles » qui taraudent la société moderne, en particulier au Canada, celle d’un « laïcisme radical » qui impose son hégémonie.

Déplorant la méconnaissance du fait religieux qui tend à se répandre, l’épiscopat estime que ce relativisme est problématique dans la mesure où il « cherche à imposer cet absolu aux autres », souvent « contre leur conscience ou leur croyance ». En témoignent les lois, promulguées au Canada, qui contraignent des croyants à exercer leur profession « sans égard » pour leurs convictions, notamment dans les domaines médical et familial.

NE PAS RESTER CANTONNÉ « À LA SACRISTIE »

Critiquant l’influence des groupes de pression en matière d’évolution législative, les évêques estiment que ces questions éthiques méritent un « débat civil et respectueux » qui « bénéficierait à tout le monde ». Faute de consensus, les évêques soulignent la nécessité du respect des convictions individuelles : « Nous appelons toutes les Canadiennes et les Canadiens (…) à réagir avec courage aux entraves à la liberté de conscience et de religion ».

Bien décidé à ne pas rester cantonné « à la sacristie », l’épiscopat canadien réaffirme le rôle qui revient à la religion « dans l’arène publique » : « Une laïcité légitime distingue entre religion et politique, en l’Église et l’État. Mais contrairement au laïcisme libéral, cette distinction n’empêche ni les convictions religieuses ni les communautés croyantes de participer au débat public nécessaire à la vie civile ». Une contribution, disent-ils, « irremplaçable ».

François-Xavier Maigre

 

Lorsque l’on manipule les mots

Comment l’idéologie du gender s’est sournoisement insinuée dans les déclarations internationales, en violation notamment de la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948
L’agenda du genre divorce la personne humaine d’elle-même, de son corps et de sa structure anthropologique

L’Osservatore Romano a publié le 14 mai le texte d’ une intervention vigoureuse de Marguerite A. Peeters, le 9 mars 2012, lors d’un colloque organisé au Palais des Nations à Genève par la Mission de l’Observateur permanent du Saint-Siège sur le thème « Pour préserver l’universalité des droits de l’homme ».

Marguerite A. Peeters dirige à Bruxelles l’Institute for Intercultural Dialogue Dynamics, dont l’objet est l’étude des concepts-clefs, valeurs et mécanismes opérationnels de la mondialisation. Elle enseigne par ailleurs à l’Université pontificale Urbanienne.

Attachée à décoder la grammaire du vocabulaire utilisé dans les instances internationales, Marguerite Peeters dénonce « comment l’idéologie du gender s’est sournoisement insinuée dans les déclarations internationales, en violation notamment de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 ». À ses yeux, appuyant la position du Saint-Siège, « l’objectif du genre divorce la personne humaine d’elle-même, de son corps et de sa structure anthropologique ».

 

« UN COMBAT CULTUREL, POLITIQUE ET JURIDIQUE »

Elle discerne un « danger » « dans un processus que nous pourrions qualifier de mondialisme s’imposant par en haut qui, sous couvert de participation de la base, de droits égaux et de non-discrimination, utilise les canaux de la gouvernance mondiale pour essayer d’agencer un assentiment mondial à des intérêts particuliers, à travers une utilisation manipulatrice du langage au cours de processus de construction de consensus ».

Pour Marguerite Peeters, il s’agit d’« un combat culturel, politique et juridique ayant cours dans ces fora concernant l’identité sexuelle, l’orientation sexuelle, le contenu des droits et le sens de l’universalité ».

 

« ATTEINDRE À L’ÉGALITÉ EXCLUSIVEMENT EN TERMES DE POUVOIR SOCIAL »

Au bout du compte, les acteurs de ce combat, selon Marguerite Peeters, « se nourrissant à la fois du féminisme radical et du mouvement homosexuel, qui tous deux ont lutté pour atteindre à l’égalité exclusivement en termes de pouvoir social, ont distingué le genre du sexe, restreignant le sexe aux caractéristiques biologiques et physiologiques qui définissent les hommes et les femmes, et utilisant le genre en référence à ce qu’ils considéraient être les rôles socialement construits qu’une société donnée considérerait appropriés pour les hommes et les femmes ».

En conclusion, l’auteur s’inquiète : « Ils ont traité la maternité, la famille fondée sur le mariage entre un homme et une femme, la complémentarité homme-femme, l’identité sponsale de la personne humaine, la féminité et la masculinité, l’hétérosexualité comme autant de constructions sociales ou de stéréotypes qui seraient contraires à l’égalité, discriminatoires, et donc à être culturellement déconstruits. Au bout du processus révolutionnaire, le corps masculin et féminin lui-même était considéré comme socialement construit. »

 

La culture dans laquelle nous vivons au début du troisième millénaire intègre les fruits positifs d’un processus historique marqué par la décolonisation, un puissant mouvement ayant accordé aux femmes un statut social qu’elles n’avaient jamais atteint auparavant, et l’effondrement du marxisme-léninisme. A une heure de mondialisation accélérée, elle semble célébrer, peut-être plus que toute culture précédente, l’égalité de tous les êtres humains. Notre génération a également la possibilité de découvrir et de s’émerveiller de la diversité fascinante des peuples et des cultures et de leur contribution spécifique et irremplaçable à l’humanité. Nous discernons un danger, cependant, dans un processus que nous pourrions qualifier de mondialisme s’imposant par en-haut qui, sous couvert de participation de la base, de droits égaux et de non discrimination, utilise les canaux de la gouvernance mondiale pour essayer d’agencer un assentiment mondial à des intérêts particuliers, à travers une utilisation manipulatrice du langage au cours de processus de construction de consensus. Nous ne pouvons nier l’existence d’un combat culturel, politique et juridique ayant cours dans ces fora concernant l’identité sexuelle, l’orientation sexuelle, le contenu des droits et le sens de l’universalité. Le langage est un facteur critique dans ce combat.Examinons l’histoire du terme gender dans le discours onusien. Le terme gender est entré dans le langage des textes négociés au niveau international à travers les documents de consensus non-contraignants du processus des conférences onusiennes des années 1990. Il a fait une percée décisive dans la Plateforme d’Action de Pékin de 1995, dont la perspective du genre est le centre, et l’égalité des sexes (gender equality) l’objectif premier. A la suite de Pékin, le Secrétariat de l’ONU a immédiatement conduit, avec grande efficacité, un exercice d’intégration de la perspective du genre (gender mainstreaming) à travers tout le système onusien. L’égalité des sexes a rapidement été identifiée comme priorité transversale de la gouvernance mondiale, au point de devenir en pratique une condition de l’aide au développement. Le sens traditionnel du genre se réfère aux catégories grammaticales de «masculin», «féminin» et «neutre» dans les langues anciennes et nouvelles. Mais les sociologues et psychologues appartenant à l’intelligentsia postmoderne occidentale ont développé un sens très différent depuis la moitié des années 1950. Se nourrissant à la fois du féminisme radical et du mouvement homosexuel, qui tous deux ont lutté pour atteindre à l’égalité exclusivement en termes de pouvoir social, ils ont distingué le genre du sexe, restreignant le sexe aux caractéristiques biologiques et physiologiques qui définissent les hommes et les femmes, et utilisant le genre en référence à ce qu’ils considéraient être les rôles socialement construits qu’une société donnée considérerait appropriée pour les hommes et les femmes. En pratique ils ont traité la maternité, la famille fondée sur le mariage entre un homme et une femme, la complémentarité homme-femme, l’identité sponsale de la personne humaine, la féminité et la masculinité, l’hétérosexualité comme autant de constructions sociales ou de stéréotypes qui seraient contraires à l’égalité, discriminatoires, et donc à être culturellement déconstruits. Au bout du processus révolutionnaire, le corps masculin et féminin lui-même était considéré comme socialement construit. L’agenda du gender divorce la personne humaine d’elle-même, pour ainsi dire — de son corps et de sa structure anthropologique. Il est évident qu’ainsi radicalement redéfini, le gender est une pure construction intellectuelle, difficile à saisir par les cultures non-occidentales.

 

Marguerite A. Peeters

Garde mes disciples, méditation pour le 20 mai

Ac 1,15-26 ; 1 Jn 4,11-16 ; Jn 17,11-19.
1« Père saint, garde mes disciples. » Telle est la prière de Jésus au soir du Jeudi Saint, telle que saint Jean nous la rapporte. Ressuscité, Jésus continue à intercéder pour son Église, à la garder par le don de l’Esprit Saint, et la liturgie fait retentir cette prière en ce dimanche qui précède la Pentecôte. L’Esprit Saint rappelle à l’Église toutes les paroles de Jésus et la garde dans la vérité de ces paroles : « Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous guidera vers la vérité tout entière. » (Jn 16,13). Avec toi Marie, nous voulons veiller dans la prière pour accueillir l’Esprit.
2. « Père saint, garde mes disciples dans la fidélité à ton Nom que tu m’as donné en partage. » Curieuse prière ! Et pourtant, nous sommes au cœur de la révélation chrétienne. Jésus nous a révélé le Nom, le vrai nom de Dieu. Père, notre Père. Et Jésus est le Fils en qui nous sommes redevenus fils adoptifs. Et Dieu se révèle comme Amour : Père, Fils et Saint Esprit. On comprend que Jésus tienne à la fidélité de ses disciples à cette révélation. Marie, toi qui es la plus proche du Père, du Fils et de l’Esprit, ta présence nous fait demeurer au cœur de ce mystère.
3. « Pour qu’ils soient un, comme nous-mêmes. » Jésus sait que seule l’unité au cœur de la Trinité est capable de donner au groupe des disciples d’être un. Pour cela, il faut que vienne l’Esprit Saint, celui qui est l’Amour même au cœur de la Trinité. Marie le sait bien, qui sera présente au Cénacle pour implorer et attendre la venue de l’Esprit. Avec toi, Marie, nous voulons être en prière avec toi, comme au Cénacle. Nous voulons laisser l’Esprit Saint faire notre unité, et nous supplions Jésus de donner l’unité à son Église.
4. « Je leur ai fait don de ta Parole. » La Parole divine est Vie, semence de Vie qui nous engendre à la Vie du Royaume. En nous transmettant la Parole, Jésus a permis à la paternité du Père de s’exercer sur nous. En nous envoyant l’Esprit, le Père et le Fils veulent que la Parole soit vivante en nous. Marie, tu as expérimenté tout cela bien avant nous et bien plus profondément que nous. Prie pour nous, et obtiens-nous cette faim de la Parole qui lui permettra de nous habiter et de nous renouveler.
5. « Consacre-les par la vérité : ta Parole est vérité. » Afin que nous soyons nourriture pour ce monde auquel nous sommes envoyés, Jésus prie le Père de nous consacrer totalement dans la Vérité de cette Parole. Qu’elle nous habite, comme elle a habité Marie, et qu’ainsi nous disions : qu’il me soit fait selon ta Parole ! Prions pour tous ceux qui ont responsabilité directe de transmettre la Parole : les évêques, les prêtres et diacres, les catéchistes, prédicateurs et évangélistes… « De tout évangélisateur, on attend qu’il ait le culte de la vérité. » (Paul VI, E.N. n° 78)

Le Seigneur travaillait avec eux, méditation pour le 17 mai

Ac 1,1-11 ; Ep 4,1-13 ; Mc 16,15-20.
1. « Je ne suis pas encore monté vers le Père… Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu » (Jn 20,17). Cette parole de Jésus ressuscité à Marie Madeleine exprime bien son exaltation progressive dont nous célébrons le terme en la fête de l’Ascension, c’est-à-dire de son enlèvement dans la gloire. Son Père est devenu notre Père. Dans le Fils unique, nous sommes devenus fils adoptifs promis à la même gloire. Avec Marie, contemplons le mystère de l’Ascension de Jésus.
2. « Que veut dire : « Il est monté » ? Cela veut dire qu’il était d’abord descendu jusqu’en bas sur la terre. Et celui qui était descendu est le même qui est monté au plus haut des cieux pour combler tout l’univers. »Jésus a comblé tout l’univers de sa présence. Il est « descendu aux enfers » pour libérer les hommes captifs de la mort. Il monte aux cieux pour les conduire avec lui dans la gloire du Père. L’Église est son Corps, unifié par la présence de son Esprit. Dans ce Corps se trouve le membre le plus éminent de l’Église : Marie, qui intercède pour nous, avec qui nous prions en ce jour de fête.
3. Dans la finale de l’évangile selon saint Marc, nous lisons ceci à propos de l’Ascension : « Le Seigneur Jésus, après leur avoir ainsi parlé, fut envoyé au ciel et s’assit à la droite de Dieu. Quant à eux, ils s’en allèrent proclamer partout la Bonne Nouvelle. Le Seigneur travaillait avec eux et confirmait la Parole par les signes qui l’accompagnaient ». Jésus, depuis la gloire du Père, travaille avec les disciples à faire grandir l’Église. Il est là présent, et il agit dans la puissance de l’Esprit Saint. Marie se rend aussi présente à l’Église de son Fils par sa mission maternelle. Aujourd’hui encore, nous lui demandons sa prière.
4. « Voici les signes qui accompagneront ceux qui deviendront croyants : en mon nom ils chasseront les esprits mauvais ; ils parleront un langage nouveau ; (…) ils imposeront les mains aux malades, et les malades s’en trouveront bien. » Nous savons que l’Église de tous les temps expérimente ces dons gratuits de l’Esprit Saint, ces charismes, qui sont un équipement pour la mission. Accueillons avec reconnaissance et humilité ceux que le Seigneur voudra donner. Comme Marie a bénéficié de charismes propres pour sa mission de Mère de Dieu, ainsi le Seigneur nous accorde-t-il ce dont nous avons spécifiquement besoin.
5. Adrienne Von Speyr s’exprime ainsi sur l’attitude spirituelle de Marie au moment de l’Ascension : « Elle voit Dieu monter au ciel. Elle voit cette splendeur, cet Être infini qui était venu de l’éternité pour vivre en homme parmi nous et qui, à présent, est repris comme neuf dans la lumière de l’éternité. (…) À cet instant, elle sait que tout est vrai. Vrai d’une vérité qui n’appartient qu’à Dieu. (…) Pâques était une promesse de fruit. À présent, dans l’Ascension, le fruit est là, rayonnant, surabondant. » (Le Monde de la Prière, pp. 107-108).

Demeurez en mon amour, méditation pour le 6 mai

Avant de célébrer le don de l’Esprit Saint lors de la Pentecôte, Jésus nous le fait désirer, en cet évangile, pour pouvoir mieux aimer.

Écouter l’homélie du 13 mai, 6° dimanche de Pâques, à La Chapelle Saint Aubin.

Fin de la quarantaine pour la cardinal Jean Danielou

Une journée d’études a mis fin au silence qui entourait Jean Daniélou, l’un des plus grands théologiens du XXe siècle. Le mystère de sa mort. L’hostilité de ses confrères jésuites. L’interview qu’ils ne lui avaient pas pardonnée.
par Sandro Magister

ROME, le 11 mai 2012 – « Fenêtres ouvertes sur le mystère » : c’est le titre du colloque par lequel, il y a deux jours, l’Université Pontificale de la Sainte Croix a mis fin au silence qui entourait l’un des plus grands théologiens du XXe siècle, le Français Jean Daniélou, jésuite, créé cardinal par Paul VI en 1969.
Un silence qui aura duré près de quarante ans et qui a commencé au moment de sa disparition, en 1974.
En effet, le souvenir de Daniélou se réduit aujourd’hui, pour un très grand nombre de gens, au mystère de sa mort, provoquée par un infarctus, un après-midi de mai, au domicile d’une prostituée, au quatrième étage du 56 rue Dulong, à Paris.
Alors que, en réalité, le véritable mystère sur lequel Daniélou a ouvert des fenêtres à beaucoup de gens, dans son activité de théologien et d’homme spirituel, est celui du Dieu trinitaire. L’une de ses œuvres majeures a pour titre : « Essai sur le mystère de l’histoire ». Une histoire qui n’est gouvernée ni par le hasard, ni par la nécessité, mais qui est pleine des « magnalia Dei », les grandioses merveilles de Dieu, plus étonnantes les unes que les autres.
Aujourd’hui, on ne trouve plus qu’un petit nombre de ses livres dans le commerce, mais ils sont toujours d’une richesse et d’une fraîcheur extraordinaires. Tout en étant simples, ils sont d’une très grande profondeur, ce que peu de théologiens ont su faire au siècle dernier, en dehors de lui et de cet autre champion de la clarté qui s’appelle Joseph Ratzinger.
Daniélou a en commun avec le pape actuel le cadre historique plutôt que philosophique qu’il donne à sa théologie, la compétence en ce qui concerne les Pères de l’Église (le premier étant passionné par Grégoire de Nysse, le second par Augustin), et la place tout à fait centrale donnée à la liturgie.
Daniélou a été, avec son confrère jésuite Henri de Lubac, le génial initiateur, en 1942, de cette collection de textes patristiques appelée « Sources Chrétiennes » qui a marqué la renaissance de la théologie dans la seconde moitié du XXe siècle et qui a préparé ce qu’il y a de meilleur dans le concile Vatican II.
Un auteur, en somme, qu’il faut absolument redécouvrir.
Mais il faut également dissiper le mystère de sa mort et de la réprobation silencieuse qui a suivi celle-ci.
Mimì Santoni, la prostituée, le vit tomber à genoux, le visage contre terre, et expirer. Et, d’après elle, « c’était une belle mort, pour un cardinal ». Il était venu lui apporter de l’argent pour qu’elle puisse payer un avocat capable de faire sortir son mari de prison. Ce fut la dernière de ces actions charitables qu’il accomplissait en secret, pour des gens méprisés et qui avaient besoin d’aide et de pardon.
Les jésuites firent des enquêtes serrées, pour vérifier ce qui s’était vraiment passé. Ils contrôlèrent son innocence. Mais, de fait, ils entourèrent l’affaire d’un silence qui n’échappa pas aux soupçons.
La rupture entre Daniélou et d’autres de ses confrères jésuites de Paris et de France fut en effet la véritable cause de l’oubli dans lequel est tombé ce grand théologien et cardinal.
Une rupture qui avait précédé sa mort d’au moins deux ans.
Depuis 1972, en effet, Daniélou n’habitait plus l’immeuble où était installée « Études », la revue culturelle de pointe des jésuites français, là où il avait vécu pendant des décennies. Il avait déménagé pour aller dans un couvent de religieuses, les Filles du Cœur de Marie.
Ce qui avait provoqué le conflit, c’est une interview que Daniélou avait accordée à Radio Vatican, dans laquelle il critiquait durement la « décadence » qui dévastait tant d’ordres religieux masculins et féminins, à cause d’ »une fausse interprétation de Vatican II ».
L’interview fut perçue comme une accusation portée contre la Compagnie de Jésus elle-même, dont le général était à l’époque le père Pedro Arrupe, qui était également à la tête de l’Union des supérieurs généraux d’ordres religieux.
Le jésuite Bruno Ribes, directeur d’ »Études », fut l’un des plus actifs dans la politique de la terre brûlée pratiquée autour de Daniélou.
Les positions des deux hommes étaient devenues antithétiques. En 1974, l’année de la mort de Daniélou, Ribes mit « Études » en situation de désobéissance ouverte envers l’enseignement de l’encyclique « Humanæ Vitæ » relative à la contraception.
Et il collabora avec d’autres théologiens « progressistes » – parmi lesquels les dominicains Jacques Pohier et Bernard Quelquejeu – à la rédaction de la loi qui, cette même année, introduisit en France la liberté d’avorter, Simone Veil étant ministre de la Santé, Valéry Giscard d’Estaing président de la république et Jacques Chirac premier ministre.
L’année suivante, en 1975, le père Ribes cessa de diriger « Études ». Et, par la suite, il quitta d’abord la Compagnie de Jésus puis l’Église catholique.
On pourra lire ci-dessous l’interview qui valut à Daniélou sa mise au ban.
À quarante ans de distance, la décadence des ordres religieux qu’elle dénonçait se poursuit, comme le prouve, aux États-Unis, l’affaire de la « Leadership Conference of Women Religious »:
> Journal du Vatican / Le Saint-Office met les sœurs américaines en pénitence (30.4.2012)
__________

« LA SOURCE ESSENTIELLE DE CETTE CRISE… »
Interview du cardinal Jean Daniélou à Radio Vatican, le 23 octobre 1972

Q. – Éminence, existe-t-il réellement une crise de la vie religieuse et pouvez-vous nous en donner les dimensions ?
R. – Je pense qu’il y a actuellement une crise très grave de la vie religieuse et qu’il ne faut pas parler de renouvellement mais plutôt de décadence. Je pense que cette crise affecte avant tout le monde atlantique. L’Europe de l’Est et les pays d’Afrique et d’Asie présentent à cet égard une meilleure santé spirituelle. Cette crise se manifeste dans tous les domaines. Les conseils évangéliques ne sont plus considérés comme consécration à Dieu, mais envisagés dans une perspective sociologique et psychologique. On se préoccupe de ne pas présenter une façade bourgeoise mais, sur le plan individuel, la pauvreté n’est pas pratiquée. On substitue la dynamique de groupe à l’obéissance religieuse ; sous prétexte de réaction contre le formalisme, toute régularité de la vie de prière est abandonnée. Les conséquences de cet état de confusion sont d’abord la disparition des vocations, car les jeunes demandent une formation sérieuse, et d’autre part ce sont les nombreux et scandaleux abandons de religieux qui renient le pacte qui les liait au peuple chrétien.
Q. – Pourriez-vous nous dire, à votre avis, quelles sont les causes de cette crise ?
R. – La source essentielle de cette crise est une fausse interprétation de Vatican II. Les directives du concile étaient très claires : fidélité plus grande des religieux et des religieuses aux exigences de l’Évangile exprimées dans les constitutions de chaque institut et en même temps adaptation des modalités de ces constitutions aux conditions de la vie moderne. Les instituts qui sont fidèles à ces directives connaissent un vrai renouveau et ont des vocations. Mais, dans nombre de cas, on a remplacé les directives de Vatican II par des idéologies erronées que répandent nombres de revues, de sessions, de théologiens et parmi ces erreurs, on peut mentionner :
- La sécularisation. Vatican II a déclaré que les valeurs humaines devaient être prises au sérieux. Il n’a jamais dit que nous entrions dans un monde sécularisé au sens où la dimension religieuse ne serait plus présente dans la civilisation et c’est au nom d’une fausse sécularisation que religieux et religieuses renoncent à leur costume, abandonnent leurs œuvres pour s’insérer dans les institutions séculières, substituant des activités sociales et politiques à l’adoration de Dieu. Et ceci est à contre-courant, d’ailleurs, du besoin de spiritualité qui se manifeste dans le monde d’aujourd’hui.
- Une fausse conception de la liberté qui entraîne la dépréciation des constitutions et des règles et exalte la spontanéité et l’improvisation. Ceci est d’autant plus absurde que la société occidentale souffre actuellement de l’absence d’une discipline de la liberté. La restauration de règles fermes est une des nécessités de la vie religieuse.
- Une conception erronée de la mutation de l’homme et de l’Église. Si les environnements changent, les éléments constitutifs de l’homme et de l’Église sont permanents et la mise en question des éléments constitutifs des constitutions des ordres religieux est une erreur fondamentale.
Q. – Mais entrevoyez-vous des remèdes pour surmonter cette crise ?
R. – Je pense que la solution unique et urgente est d’arrêter les fausses orientations prises dans un certain nombre d’instituts. Il faut pour cela arrêter toutes les expérimentations et toutes les décisions contraires aux directives du concile ; mettre en garde contre les livres, revues, sessions où ces conceptions erronées sont diffusées ; restaurer dans leur intégrité la pratique des constitutions avec les adaptations demandées par le concile. Là où ceci apparaît impossible, il me semble que l’on ne peut refuser aux religieux qui veulent être fidèles aux constitutions de leur ordre et aux directives de Vatican II, de constituer des communautés distinctes. Les supérieurs religieux sont tenus de respecter ce désir.
Ces communautés doivent être autorisées à avoir des maisons de formation. L’expérience montrera si les vocations sont plus nombreuses dans les maisons de stricte observance ou dans les maisons d’observance mitigée. Au cas où les supérieurs s’opposeraient à ces demandes légitimes, un recours au Souverain Pontife est certainement autorisé.
La vie religieuse est appelée à un immense avenir dans la civilisation technique ; plus celle-ci se développera, plus le besoin de la manifestation de Dieu se fera sentir. C’est précisément le but de la vie religieuse, mais pour accomplir sa mission, il faut qu’elle retrouve sa véritable signification et rompe radicalement avec une sécularisation qui la détruit dans son essence et qui l’empêche d’attirer des vocations.

La vie spirituelle accomplit une transformation de nous-mêmes en Dieu

Les étapes de la vie spirituelle selon saint Thérèse d’Avila

Dans l’œuvre littéraire de Sainte Thérèse d’Avila, le Livre des Demeures, écrit en 1577, est certainement le livre de la maturité, l’œuvre maîtresse. Il contient le traité systématique et ordonné la spiritualité thérésienne.

Dans ce livre Sainte Thérèse d’Avila développe la grande allégorie du château de l’âme, véritable structure du livre, qui permet de simplifier les aspects difficiles de la vie mystique.

« Aujourd’hui, (…) s’offrit à moi ce qui sera, dès le début, la base de cet écrit : considérer notre âme comme un château fait tout entier d’un seul diamant ou d’un très clair cristal, où il y a beaucoup de chambres, de même qu’il y a beaucoup de demeures au ciel.
(…) Mais les biens que peut contenir cette âme ; qui habite en cette âme, ou quel est son grand prix, nous n y songeons que rarement ; c’est pourquoi on a si peu soin de lui conserver sa beauté. Nous faisons passer avant tout sa grossière sertissure, ou l’enceinte de ce château, qui est notre corps.
Considérons donc que ce château a, comme je l’ai dit, nombre de demeures, les unes en haut, les autres en bas, les autres sur les côtés ; et au centre, au milieu de toutes, se trouve la principale, où se passent les choses les plus secrètes entre Dieu et l’âme.
Donc, pour revenir à notre bel et délicieux château, nous devons voir comment nous pourrons y pénétrer. J’ai l’air de dire une sottise : puisque ce château est l’âme, il est clair qu’elle n’a pas à y pénétrer, puisqu’il est elle-même ; tout comme il semblerait insensé de dire à quelqu’un d’entrer dans une pièce où il serait déjà. Mais vous devez comprendre qu’il y a bien des manières différentes d’y être ; de nombreuses âmes sont sur le chemin de ronde du château, où se tiennent ceux qui le gardent, peu leur importe de pénétrer l’intérieur, elles ne savent pas ce qu’on trouve en un lieu si précieux, ni qui l’habite, ni les salles qu’il comporte. Vous avez sans doute déjà vu certains livres d’oraison conseiller à l’âme d’entrer en elle-même ; or, c’est précisément ce dont il s’agit.
Un homme fort docte me disait récemment que les âmes qui ne font pas oraison sont semblables à un corps paralysé ou perclus, qui bien qu’il ait des pieds et des mains, ne peut les commander ; ainsi, il est des âmes si malades, si accoutumées à s’arrêter aux choses extérieures, que c’est sans remède, elles ne semblent pas pouvoir entrer en elles-mêmes ; elles ont une telle habitude de n’avoir de rapports qu’avec la vermine et les bêtes qui vivent autour du château qu’elles leur ressemblent déjà beaucoup ; et bien qu’elles soient, par nature, très riches, capables de converser avec rien de moins que Dieu, c’est sans remède.
Car autant que je puis le comprendre, la porte d’entrée de ce château est l’oraison et la considération ; je ne dis pas mentale plutôt que vocale, car pour qu’il y ait oraison, il doit y avoir considération. Celle qui ne considère pas à qui elle parle, et ce qu’elle demande, et qui est celle qui demande, et à qui, je n’appelle pas cela faire oraison, pour beaucoup qu’elle remue les lèvres.
Celles-là, fort mêlées au monde, ont de bons désirs, et parfois, ne serait-ce que de loin en loin, elles se recommandent à Notre-Seigneur et considèrent qui elles sont sans toutefois s’y attarder. De temps en temps, pendant le mois, elles prient, pleines des mille affaires qui occupent ordinairement leur pensée, et auxquelles elles sont si attachées que là où est leur trésor, là est leur cœur (Mt 6,21) ; elles songent parfois à s’en affranchir, et c’est déjà une grande chose pour elles que la connaissance d’elles-mêmes, constater qu’elles sont en mauvaise voie, pour trouver la porte d’entrée. Enfin, elles pénètrent dans les premières pièces, celles du bas, mais toute la vermine qui entre avec elles ne leur permet ni de voir la beauté du château, ni de s’apaiser ; elles ont déjà beaucoup fait en entrant. »

Les éléments symboliques principaux sont les suivants :

- Le château lui-même, composé de sept demeures : l’âme.

- L’extérieur du château : les fossés et les alentours, soit : le corps, et le monde.

- L’intérieur du château : des demeures immenses ; et la demeure intime du centre du château, où le poste central de Dieu en nous

- De l’extérieur à l’intérieur : la porte du château, c’est-à-dire la prière d’oraison.

- Les habitants du château ; extérieurs : les ennemis et les sens en désordre ; intérieurs : l’âme et Dieu.

- La vie dans le château, vie en communion avec le Seigneur, vie d’illuminations et de ténèbres.

Nous allons donc parcourir successivement les sept demeures, comme un chemin expérimenté par Thérèse d’Avila, et mis en forme par elle de cette façon-là. La complexité de la croissance de la vie spirituelle défie les finesses de l’analyse. Les sept demeures ne sont donc que qu’une forme de classification ; la meilleure cependant, en ce sens qu’elle permet de repérer certains tournants décisifs que toute âme doit prendre, chacune à sa manière.

L’approfondissement de la vie spirituelle s’accomplit par des visites successives de Dieu à l’âme, qu’on peut encore appeler des visites de la gloire de Dieu, ou des visites de la charité parfaite. La gloire de Dieu nous pénètre de plus en plus intimement. Il s’agit bien de notre glorification. Nous sommes brûlés au feu de la charité parfaite. Ces étapes sont caractérisées par une modification stable de notre attitude envers Dieu et le prochain, modification qui porte des fruits visibles et ne se limite pas à un état d’âme ineffable.

LES PREMIÈRES DEMEURES   mélange, tiédeur, entre-deux

Lorsque nous sommes dans les premières demeures, nous sommes dans un état de charité imparfaite caractérisé par l’absence de crainte de Dieu. La conscience de notre péché reste grossière, nous ne saisissons par les dangers qui nous menacent.

La charité imparfaite s’installe vite dans une sécurité trompeuse qui nous amène à résister aux grâces signalant la présence de démons qui nous guettent. Thérèse exprime cela en disant que l’âme est envahie par d’innombrables reptiles, la grande misère de cette étape étant précisément de ne pas en souffrir tellement.

Dans ces conditions, le péché grave est pratiquement inévitable, avec le risque de ne pas s’en relever rapidement. On comprend assez nettement qu’il vaut mieux marcher droit que de travers, mais on ne saisit pas l’ampleur de la catastrophe provoquée par le moindre faux pas. On s’égare et on s’obstine dans son égarement. On se fait une philosophie qui s’en accommode et devient une sagesse de ce monde : on reconnaît volontiers qu’une faute est une faute, mais on pense que ce n’est pas si grave que cela, car Dieu est miséricordieux.

Autrement dit, dans les premières demeures, on croit pouvoir distinguer la part de Dieu (la première, la plus belle) et la nôtre, dont nous ne voyons pas que c’est déjà la part du diable, quel que soit son objet. Car l’idée que quelque chose puisse nous appartenir seul est proprement diabolique, et il faut l’inconscience de la nature humaine pour que cette requête soit vénielle et compatible avec la charité imparfaite. Pendant longtemps nous défendons farouchement l’existence d’un coin de notre vie, d’une portion de notre temps, si petite qu’on voudra, dont nous puissions dire : « ce qui se passe ici est mon affaire » (sous-entendu : et non pas la tienne, Seigneur). C’est une question de principe plus que de faiblesse, donc un endurcissement du cœur.

LES DEUXIÈMES DEMEURES  la connaissance de son péché

Ce sont dans les deuxièmes demeures que vient la première motion du Saint-Esprit, la première visite de la gloire. Elle ne nous arrache pas à la contradiction des premières demeures, elle nous fait comprendre que nous n’aimons pas Dieu. Une lueur nous est donnée, un éclair nous dévoile fugitivement ce que serait la charité parfaite.Nous voyons que nous ne sacrifions pas tout pour Dieu, que nous laissons envahir notre psychisme par les désordres qui caractérisent la nature déchue (les reptiles). Dans les premières demeures, il y a autant de reptiles, mais nous n’en souffrons pas. Alors que dans les deuxièmes demeures, on commence à en souffrir.

Cette découverte nous libère par la connaissance douloureuse de notre vraie misère qui est de ne pas savoir aimer. La contrition remplace la culpabilisation. Découvrir son véritable péché, c’est découvrir la vérité par son bout inférieur. Notre péché se trouve replacé dans la lumière de l’infini, et cet infini libère notre âme bien plus que notre péché ne l’accable.

Au début cependant, l’amour reste paralysé par les assauts du péché grave. L’obstination parallèle et implacable des séductions de Satan et des appels de Dieu qui se livrent bataille autour de notre psychologie, produit, à travers bien des fluctuations, une croissance parallèle de l’endurcissement du cœur et de la fidélité à Dieu. Car à aucun moment la fidélité n’interrompt tout à fait l’endurcissement du cœur, ni l’endurcissement du cœur l’obstination d’une fidélité assez lamentable.

Progressivement, la motion convertissante du Saint-Esprit, qui nous dévoile la charité parfaite, laisse une trace de plus en plus profonde à chaque fois qu’elle se reproduit. Le pécheur gémit vers la conversion et va vers le sacrement de réconciliation.

Au terme des deuxièmes demeures, le pécheur se relève aussitôt de chaque péché, grave ou non, en s’offrant à l’amour de Dieu. Cette fidélité accepte surtout d’ouvrir les yeux sur des péchés dont on ne soupçonne au départ ni la gravité, ni même l’existence. Se relever aussitôt de chaque péché, c’est le B.A. BA du chemin de la perfection. Et c’en est aussi finalement la ligne de crête. À mesure qu’on pratique cette fidélité trébuchante, on souffre de plus en plus de ne pas aimer Dieu et le prochain, et de moins en moins des autres péchés.

Alors que dans les premières demeures, on militait pour la sagesse du monde qui enseigne que la distinction entre la part de Dieu (premier servi !) et la part de l’homme est non seulement légitime, mais l’expression de la vertu la plus parfaite, dans les deuxièmes demeures, on commence à comprendre que ce n’est pas cela : un premier effleurement de la charité parfaite donne à penser que l’amour de Dieu demande beaucoup plus… demande tout ! Mais l’on se sent encore incapable de le faire, non seulement au plan de l’exécution, mais d’abord au plan de l’intention même : on n’arrive pas à accepter une pareille perspective, à éteindre toute requête, toute revendication en sens contraire… et, par conséquent, tout murmure.

Exemple : les apôtres ont « tout quitté » pour suivre Jésus. Pourtant, devant la perspective de la croix, du don total de la croix, Pierre murmure, et Jésus lui réplique : « Arrière de moi Satan. » Péché véniel, mais qui est devenu péché grave chez Judas, et qui l’a conduit jusqu’à la trahison et au désespoir.

LES TROISIÈMES DEMEURES  la chute des obstacles, le don total

Tant que l’on reste enfoncé dans les ténèbres de la nature déchue, même soulevées par la grâce, on voit l’amour surtout comme un devoir. Mais lorsque les visites de la gloire viennent nous arracher à ces ténèbres, la gratuité de l’amour, donc sa folie, manifeste sa force de séduction.

Ceux qui accueillent cette lumière, avec la force qu’elle donne, se sentent libérés des obstacles qu’aucun effort personnel n’arrivait à franchir. Ils en découvriront d’autres dans la suite, mais ils reçoivent immédiatement le pouvoir de tout quitter pour suivre Jésus-Christ. Ce qui caractérise les troisièmes demeures, c’est donc la chute des obstacles empêchant de se donner totalement.

La morale apparaît alors sous son véritable jour, selon lequel ce que nous devons à Dieu, en somme, c’est précisément de dépasser la justice. Ce ne peut pas être au nom du devoir que les exigences de l’amour peuvent devenir efficaces. C’est au contraire sous l’aspect où l’amour se présente comme une folie. La réponse à cette folie est ce qu’il y a de plus terriblement obligatoire pour les yeux éclairés par la visite de la gloire, puisque la moindre résistance à son appel est une résistance au Saint-Esprit.

On voit en quel sens les conseils évangéliques sont plus redoutables que des préceptes. Ce sont des conseils, parce qu’ils ne prennent leur force d’impact que dans un cœur suffisamment adouci par le gémissement des deuxièmes demeures, et invité à la résurrection par l’entrée dans les troisièmes demeures. Mais quel péché grave de les refuser, lorsque l’heure de la visite est venue, et que la force de Dieu nous propose concrètement de les suivre. C’est le péché du jeune homme riche.

Tant qu’on discute avec Dieu, on n’est pas entré dans les troisièmes demeures, même si l’on a été élevé au septième ciel. Inversement le jour où l’on capitule vraiment, on y entre.

Exemple : les apôtres. Au début, conversion foudroyante ; ils se sont donnés à Jésus. Mais se sont-ils vraiment donnés à Dieu tel qu’il est ? Car leur cheminement inclut l’accablement, la déroute et la trahison de la semaine sainte. Car c’est là qu’a fait irruption le vrai visage de Dieu, à travers le comportement incompréhensible du Christ.
Saint Jean mis à part, le comportement des apôtres discutant avec Jésus, non seulement à l’annonce de la croix, mais devant les exigences imprévues de la loi morale dans sa pureté (les richesses, le mariage, la petitesse de chacun dans le royaume de Dieu), enfin leur comportement final au moment de la passion, tout cela peut montrer qu’ils n’avaient pas complètement consenti au principe même du don total. Pierre et les apôtres seraient donc entrés dans les troisièmes demeures au cours de la passion et des apparitions pascales.
Il est donc certain qu’en entrant dans les troisièmes demeures, toute âme laisse pénétrer en elle la séduction du visage inconnu, du vrai visage de Dieu (la folie de la miséricorde), même si elle retourne ensuite à la charité imparfaite. Il est donc certains aussi que déjà, dans les deuxièmes demeures, c’est avec ce visage que la nature humaine se bat, quand elle a peur des exigences du don total.
En somme, ce ne sont pas les extases ni les grâces qui définissent les demeures : c’est la profondeur de notre oblation, laquelle a pour test précis la capitulation du jugement et de la volonté propre.

La visite précise qui commande l’entrée dans les troisièmes demeures nous permet de rejoindre l’état initial d’Adam et d’Ève (l’innocence originelle). Ils furent créés d’emblée à ce niveau qui dans l’ordre rédempteur suppose au moins deux conversions (éventuellement bloquées, mais qualitativement distinctes) : l’entrée dans les deuxièmes et troisièmes demeures, la connaissance de son péché, et le don total.

Dans les troisièmes demeures, le don de notre cœur s’accomplit sous la motion d’une touche surnaturelle. Mais la générosité qui nous soulève est encore ressentie comme la nôtre (aidée par Dieu),  non comme une lame de fond qui nous dépasse en nous emportant : expérimenter ce dernier point, le comprendre efficacement, c’est entrer dans les quatrièmes demeures.

LES QUATRIÈMES DEMEURES  la certitude d’être porté par la grâce de Dieu

La visite de la gloire qui caractérise l’entrée dans les quatrièmes demeures est donc la conscience qu’on a de la motion surnaturelle du Saint-Esprit.

L’illusion d’aimer Dieu par soi-même n’est plus possible : la certitude d’être soulevé, porté et dépassé par un océan d’amour, ne peut plus disparaître, sauf infidélité.

Cette grâce de conscience et de certitude apparaît souvent sous la forme de l’oraison de quiétude. C’est la clé de voûte de l’oblation à Dieu, car elle ouvre la porte de la vie mystique. Cette oraison peut être accordée à tout moment, en pleine action et alors qu’on ne s’y attendait pas. Voici comment Thérèse la décrit :« Ayant compris son malheur, le psychisme s’est rapproché du château, mais il ne parvient pas à y rentrer. À la vue de sa bonne volonté, le grand roi qui l’habite veut bien, dans son immense miséricorde, le ramener à lui ; ce bon Pasteur donne un coup de sifflet, si suave qu’il le perçoit à peine, mais qui lui fait reconnaître sa voix ; et alors il n’erre plus autant à l’aventure et revient à sa demeure. Ce coup de sifflet du pasteur a tant d’emprise sur lui qu’il abandonne les choses extérieures dans lesquelles il est absorbé et rentre au château »

À cause de nos infidélités, on retourne encore à la charité imparfaite, mais elle est foncièrement modifiée par les effets durables de la glorification : une blessure demeure, ou la trace d’une brûlure encore trop discrète pour brûler vraiment, qui modifie le tableau de la charité imparfaite. Cette modification même ouvre plus facilement la porte à de nouvelles visites. La capitulation efficace du don total des troisièmes demeures a été le consentement à entrer dans la vie intérieure.

Exemple : Pierre. Le coup de sifflet, l’appel subtil des ultrasons, Pierre l’avait entendu à plusieurs reprises au long de son périple avec Jésus : c’est lui qui soulevait sa générosité spectaculaire et assez souvent aquatique, lorsqu’il marchait sur les eaux ou voulait être lavé par Jésus. Mais il n’acceptait pas encore de l’écouter avec la pureté requise pour que la volonté ne triche plus et capitule vraiment : seul le regard du Christ après sa trahison lui a fait entendre cet appel au niveau tant désiré par Jésus, et provoquer enfin l’effondrement avec le temps des larmes.
Mais tant qu’il disait : « je donnerai ma vie pour toi », Pierre n’était pas entré dans les quatrièmes demeures, si ce n’est fugitivement, car il n’avait pas encore compris la dimension passive de son amour pour le Christ. Il était comme l’hirondelle se plaignant de la résistance de l’air, parce qu’elle ne comprend pas que son vol est plus passif qu’actif… le vol le plus parfait étant le vol plané, non celui qui bat des ailes. À cause de cela, il a trahi… Lorsqu’il a pleuré, ce qu’il a senti importe moins que le changement de ton de son amour : « tu sais bien que je t’aime » ne se dit sur ce ton que dans les quatrièmes demeures, oraison de quiétude ou pas. Ce n’est pas l’oraison de quiétude qui compte, mais son fruit : se savoir porté par un amour qui nous dépasse… Tant qu’un certain orgueil résiste, nous ne sommes pas entrés dans les quatrièmes demeures : leur fruit est en effet la disparition de cet orgueil. Une fois délivré, l’intéressé offre une qualité d’humilité introuvable ailleurs : consciente ou non, cette humilité définit la vie mystique.

Thérèse d’Avila, on le sait, conseille fermement de « faire oraison » pour entrer dans la vie mystique. L’oraison lui apparaît comme le moyen irremplaçable d’éviter le grand naufrage.- « Quelle humilité pleine d’orgueil le démon me suggérait en m’éloignant de cette colonne, de cet appui de l’oraison qui devait me préserver d’une chute aussi profonde !… C’est par là, je pense, que le démon commença à tenter Judas ».- Elle dit « à ceux qui veulent suivre ce chemin, qu’il est pour eux d’une importance extrême, et même capitale, de prendre la résolution ferme et énergique de cesser de marcher qu’ils ne soient arrivés à la source de vie ».- Et encore : « que nous le voulions ou non, mes filles, nous marchons tous, bien que de différentes manières, vers cette fontaine. Mais croyez-moi, et ne vous laissez tromper par personne : il n’y a qu’un seul chemin qui y conduise, l’oraison ».

Les quatrièmes demeures sont donc le seuil de l’entrée dans la vie intérieure, dans le château de l’âme. Elles s’accompagnent de ce que Saint Jean de la Croix appelle la nuit des sens. Comme nous l’avons vu cependant, les quatrièmes demeures, dans la mesure où elles rendent consciente l’action de Dieu en nous, peuvent accentuer aussi le sentiment de notre propre impuissance. Rentrés à l’intérieur, on sent la chaleur du feu, mais on n’ose pas s’en approcher : manque d’audace, crainte du risque.

LES CINQUIÈMES DEMEURES  La détermination d’aimer Dieu, l’entrée dans  l’union transformante

C’est dans ces cinquièmes demeures que Thérèse écrit le texte décisif de la métamorphose du ver à soie en papillon.

« Vous avez sans doute entendu dire de quelle façon merveilleuse se produit la soie, Lui seul peut inventer choses semblables, une semence, pas plus grosse qu’un petit grain de poivre [...]. Ce ver commence à vivre lorsque, à la chaleur du Saint-Esprit, nous commençons à profiter de l’aide générale que Dieu nous donne à tous, et quand nous commençons à user des remèdes qu’il a confiés à son Église, comme la pratique de la confession, les bonnes lectures, les sermons [...]. Lorsque ce ver est grand [...], il commence à élaborer la soie et à édifier la maison où il doit mourir. Je voudrais faire comprendre ici que cette maison, c’est le Christ. Je crois avoir lu ou entendu quelque part que notre vie est cachée dans le Christ, ou en Dieu, c’est tout un, ou que le Christ est notre vie (cf. Col 3,3). [...] Hâtons-nous de tisser ce petit cocon, renonçant à notre amour-propre et à notre volonté à l’attachement à toute chose terrestre, faisons œuvre de pénitence, oraison, mortification, obéissance, et de tout ce que vous savez déjà [...]. Meure, meure ce ver, comme il le fait lorsqu’il a achevé l’œuvre pour laquelle il fut créé [...]. Voyons donc ce qu’il advient de ce ver, c’est à quoi tend tout ce que j’ai dit jusqu’ici ; car lorsqu’il a atteint à ce degré d’oraison, bien mort au monde, il se transforme en petit papillon blanc. Ô grandeur de Dieu, que devient l’âme ici, du seul fait d’avoir été un petit peu mêlée à la grandeur de Dieu et si proche de Lui ; car, ce me semble, elle n’y reste pas plus d’une demi-heure ! » (Demeures 5,2,2-7).

En effet la visite de la gloire de Dieu qui fait entrer dans les cinquièmes demeures, est une grâce de force, une détermination d’aimer Dieu, de faire sa volonté coûte que coûte, le refus d’écouter les plaintes des craintes de la nature, alors que dans les quatrièmes demeures, on les écoute encore. Autrement dit, si dans les quatrièmes demeures, on savourait la chaleur du feu sans oser s’en approcher, dans les cinquièmes demeures, on reçoit la force de se jeter dans la fournaise.
C’est donc le début de la mort spirituelle du vieil homme et le début de l’union transformante. Cette union transformante se caractérise par la disparition des états mystiques que l’homme connaissait auparavant. D’autre part, on y observe la pratique héroïque des vertus qui servent de test à l’Église dans les procès de canonisation.

Mais comment cela arrive-t-il ? Celui qui s’est donné à Dieu et au prochain sous l’effet d’une visite de la gloire, s’il ne meurt pas aussitôt, retourne infailliblement à la charité imparfaite, où il commet normalement de nombreux péchés véniels et même graves, où il résiste au Saint-Esprit et endurcit son cœur parallèlement au travail de la grâce, qui grandit lui aussi à chaque acte de charité parfaite : le bon grain et l’ivraie sont inextricablement associés. Cette croissance parallèle entraîne inévitablement une crise dont le dénouement aboutira au cours des sixièmes demeures à la nuit de l’esprit et à la mort du vieil homme.

Si modifié qu’il soit par la grâce de force, dans le sens d’une docilité absolue à la charité parfaite, le psychisme reste incapable, dans les cinquièmes demeures, de supporter les souffrances d’une glorification lente sans anesthésie ni interruption. Anesthésie, c’est-à-dire ravissements : on goûte les délices de l’amour trinitaire. Interruption, c’est-à-dire chemin plus austère et plus lent, mais où les visites de la gloire augmentent à chaque fois la force avec laquelle la charité parfaite impose son équilibre à la nature.

LES SIXIÈMES DEMEURES  la mort du vieil homme et la nuit de l’esprit

L’état mystique fondamental des sixièmes demeures est la mort du vieil homme et la nuit de l’esprit, qui consiste à se sentir abandonné de Dieu, et quelquefois réprouvé. À des yeux superficiels (et même à ceux de l’intéressé !), un tel état semble plutôt la disparition de la vie mystique, disparition proclamée violemment par le démon qui s’en donne à cœur joie dans ces moments-là.

Et si les cinquièmes demeures sont le moment où l’on se jette dans la fournaise, les sixièmes demeures sont la fournaise elle-même. Et la charité parfaite impose son équilibre à la nature, ceci à la fin des sixièmes demeures, c’est-à-dire au paroxysme de la nuit de l’esprit ; tant que ce paroxysme n’est pas atteint, le psychisme résiste encore au règne de la glorification lente.

LES SEPTIÈMES DEMEURES   le mariage spirituel

C’est l’union transformante, pleine et permanente, le mariage spirituel. L’état mystique des septièmes demeures est celui-là même qui donnait au psychisme une telle impression d’abandon. Mais il se découvre comme le lieu des délices trinitaires, tellement subtil que l’âme croyait avoir perdu Dieu au moment où elle le rencontrait vraiment. Les septièmes demeures consistent, en somme, à découvrir la vérité de ce qui s’est passé dans les sixièmes, au-delà de l’hallucination assez horrible qui les caractérise, mais qui permet à l’âme d’être glorifiée.

Récapitulation

Pour récapituler ce parcours de la vie mystique, nous pouvons résumer les traces de la glorification lente, à chaque entrée dans une nouvelle demeure.- Au niveau des deuxièmes demeures, c’est le désir encore impuissant du don total. On gémit vers le don total.- Aux troisièmes demeures, c’est la chute des obstacles empêchant de se donner totalement. Et on gémit vers la libération de l’orgueil, qui fait croire que ce don est dû à nos propres forces.- Avec les quatrièmes demeures, on a la certitude d’être porté par la grâce de Dieu. Mais on gémit vers la force qui nous manque pour aller jusqu’au bout.- Avec les cinquièmes demeures, on reçoit la détermination d’aimer Dieu coûte que coûte et on entre ainsi dans le processus de l’union transformante.Dans les troisièmes demeures, on est attiré par la lumière de la vive flamme sans en éprouver la chaleur. Dans les quatrièmes demeures, on savoure cette chaleur, mais on n’ose pas s’en approcher. Dans les cinquièmes, on reçoit la force de se jeter dans la fournaise, et sixièmes sont la fournaise elle-même.

D’après un polycopié du père Molinié, Le bon larron et les stigmates, 1977, page 117-169.
Vous pouvez télécharger le fichiers pdf  à cette adressehttp://d.auzenet.free.fr/vie_spirituelle.php

Hors de moi, vous ne pouvez rien faire

Se laisser à Jésus qui nous habite de l’intérieur…

Le laisser nous sanctifier, nous glorifier…

Vivre une fécondité qui nous dépasse, car elle n’est pas de l’ordre de l’activité, ni de l’efficacité…

Jésus évoque tout cela en reprenant l’image biblique de la Vigne…

Écouter l’homélie du 6 mai 2012, 5° dimanche de Pâques, à La Capelle Saint Aubin (72).

Appel à être prêtre ?

Oh mon Dieu, faites que nous ayons des prêtres, mais surtout, que ça tombe sur la famille d’à côté !

Homélie du 29 avril 2012,  4° dimanche dans l’année B : appel à être prêtre ?

Jésus lutte contre le mal et nous invite à lutter contre la souffrance

Jésus lutte contre le mal sous toutes ses formes. Par ses miracles de guérison ou de retour à la vie, il fait reculer efficacement la maladie, la mort, l’hostilité de la nature contre l’homme.
Jésus ne supporte pas de voir l’homme sous l’emprise du mal physique ou moral. Il renverse les barrières, fréquentant tous ceux qui sont mis au ban de la société de son temps (publicains, malades, prostituées). Il se fait le serviteur de tous (le lavement des pieds). Il libère l’homme du fardeau légaliste (il guérit le jour du sabbat, il gracie la femme adultère). Il prêche un amour des autres sans limites ni conditions, au prix du sacrifice de soi (Mt 5-6-7). Il nourrit les foules affamées, condamne l’accumulation des richesses et vit en pauvre…
Il promet la défaite finale du mal : « Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, fut-il mort, vivra ; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais » (Jn 11,25). Comme signe que cela est possible, il opère des guérisons, y associant ses amis. Il invite ses disciples à coopérer à ce combat, matériellement : « Donnez-leur vous-mêmes à manger » (Mt 14,16), « Prends ton grabat et marche » (Mt 9,6) ; et spirituellement : « Crois, et tu verras la gloire de Dieu » (Jn 11,40), « Celui qui croit en moi fera lui aussi les œuvres que je fais. Il en fera même de plus grandes » (Jn 14,12).
Ainsi, pour un chrétien qui veut suivre Jésus, pas de passivité, ni de bras croisés se reposant sur Dieu. Car l’œuvre de l’homme sur terre, l’œuvre de justice, l’engagement pour nourrir et guérir les hommes est collaboration à l’œuvre de Dieu ; elle prépare un monde nouveau d’où tout mal sera banni.

La joie de l’amour

Remplacer la haine qui tue par l’amour qui fait vivre,c’est le moyen choisi par Jésus.Au cœur des luttes, de la misère, ou de l’impuissance du malade,peut sourdre la joie de l’amour,de l’amour qui partage,de l’amour qui pardonne,de l’amour qui humanise,de l’amour qui valorise l’homme,et cela est lumière de Dieu au cœur de l’homme, et reflet sur son visage.
L’Évangile révèle que la dignité de l’homme n’est pas d’abord dans le travail producteur (ce qui entraîne le rejet des moins doués ou des handicapés), mais dans l’amour qui fait vivre.
Nos souffrances, nos limites, nos angoisses, nos échecs individuels et sociaux, contre lesquels nous luttons chaque jour pour les faire reculer en nous et dans la société peuvent déboucher chaque jour, quand ils sont assumés par amour, sur la vie. Toute peine peut devenir féconde, transformée en germe de vie. La mort elle-même, assumée par amour, devient naissance en Jésus-Christ qui est passé le premier par ce chemin.

C’est l’amour, vécu au cœur de la souffrance, qui est fécond, qui sauve

Par l’amour

- les pauvres sont maîtres du royaume de Dieu (dès aujourd’hui)

- les doux, si souvent dépossédés, posséderont la terre,- les affligés seront consolés

- les assoiffés de justice ou d’amour, comblés,

- les persécutés récompensés bien au-delà de leurs tortures.

En Jésus, le visage de Dieu s’identifie à celui de l’enfant, de l’innocent, du pauvre, du torturé, dès maintenant… « Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume qui vous a été préparé… Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger… Dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25,31-46).
La civilisation de l’abondance, « à chacun selon ses besoins », ne rassasie pas l’homme. Car la joie n’est en germe que dans l’amour manifesté par le partage fraternel. « Si on te demande ton manteau, donne aussi ta tunique » (Mt 5,40). C’est le message central de Jésus : « Aimez-vous ».

Le cœur d’abord

« Ce qui sort de l’homme, voilà ce qui rend l’homme impur. Car c’est du dedans, du cœur des hommes que sortent les desseins pervers : débauches, vols, meurtres, adultères, cupidités, méchancetés, ruse, impudicité, envie, diffamation, orgueil, déraison. Toutes ces mauvaises choses sortent du dedans et rendent l’homme impur » (Mc 7,20-23).
Jésus sait d’où vient le mal ; et il vient changer le cœur de l’homme. « L’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous fut donné » (Rm 5,5). C’est cette extraordinaire révolution de Jésus que saint Paul rappelait aux nouveaux chrétiens : Dieu a mis en vos cœurs son Esprit pour aimer.
Et Dieu n’opère pas ce travail de recréation sans le consentement de qui sait le recevoir. Seuls l’enfant et le pauvre ont vitalement besoin d’accueillir l’autre, le font avec simplicité, avec empressement. Face à nos suffisances qui nous ferment aux autres comme à Dieu, Jésus pose les enfants et les pauvres en exemple. « Quiconque n’accueille pas le Royaume de Dieu en petit enfant n’y entrera pas » (Lc 18,17). « Heureux les pauvres de cœur, car le Royaume des cieux est à eux » (Mt 5,3).
Jésus guérit me libère en prenant sur lui mon péché, mes souffrances, ma mort.
Dans son amour, Dieu ne s’est pas mis en dehors de la souffrance des hommes. Il est venu la partager volontairement, parce qu’il nous aime. Jésus, Dieu venu parmi nous, a connu la souffrance. Si chacune des plaies et des insultes de la Passion de Jésus ont été subies par Dieu lui-même, nous ne pouvons plus jeter la souffrance comme un reproche à la figure de Dieu en lui disant : tu ne sais pas ce que c’est…
Jésus est venu vers l’homme pécheur, vers moi. Il m’accueille, et en me recevant, reçoit mon péché et ma souffrance. Non seulement je ne te condamne pas, mais je porte ton péché avec toi. Jésus, accueillant tous les hommes, s’est laissé envahir par nos péchés.
Cela, il l’a vécu particulièrement en acceptant de mourir comme un innocent. Cette passion et cette mort qu’on lui imposait, il les a épousées de l’intérieur ; alors que les hommes croyaient lui ôter la vie de force, lui, la saisissant en un geste d’amour infini, l’a donnée librement pour la multitude.
Quand on aime, on souffre la souffrance de l’aimé. Sa véritable passion, ce fut sa passion d’amour : parce qu’il aime infiniment tous les hommes, il a vu, connu, souffert toutes les souffrances. Il les a accueillies en lui, par amour et les a fait devenir « aussi volontaires que le péché » (Claudel). Au calvaire, l’innocent porte la faute des coupables. La révolte et la haine de l’homme, de tous les hommes, sont dissoutes dans l’acte d’amour d’offrande de sa vie.

Le serpent de bronze…le Christ en croix

Il y a un beau passage de l’évangile selon saint Jean où Jésus exprime qu’il est venu « absorber » en lui nos souffrances, nos morts, nos péchés. Il dit : « Comme Moïse éleva le serpent dans le désert, ainsi faut-il que soit élevé le Fils de l’homme, afin que quiconque croit ait par lui la vie éternelle. » (Jn 3,14). Il fait ainsi allusion à un épisode de l’Ancien Testament où Moïse a « élevé » sur un étendard un serpent en bronze pour que les hébreux, mordus dans le désert par des serpents, soient préservés de la mort : « Moïse façonna donc un serpent d’airain qu’il plaça sur l’étendard, et si un homme était mordu par quelque serpent, il regardait le serpent d’airain et restait en vie. » (Nb 5,9).
Croire en Jésus, c’est échapper au jugement, c’est à dire à la malédiction attachée au péché : la mort. Croire en Jésus, c’est acepter qu’il « absorbe » en lui notre péché, nos maux, de sorte qu’il en est crucifié, mais que nous recevons en échange la réconciliation et la vie. Ne pas vroire en Jésus, c’est rester sous le coup du jugement attaché au péché : la mort éternelle…
« Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pourque le monde soit sauvé par lui. Qui croit en lui n’est pas jugé ; qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au Nom du Fils unique de Dieu. » (Jn 3,16)

Jésus donne un sens à toute souffrance.

Vaincre la souffrance, c’est la vivre par amour, grâce à l’amour du Christ. Et ainsi accueillir la vie, la résurrection. Jésus n’est pas venu supprimer la souffrance, mais la subir, la partager avec nous. Jésus n’est pas venu expliquer la souffrance, mais la remplir de sa présence. La souffrance, tout en restant un mal contre lequel il faut se battre, n’est plus une absurdité. Le grand mal n’est pas de souffrir, mais ce serait de souffrir pour rien.

Jésus a vécu ses souffrances par amour, comme contrepoids qui efface nos fautes. Comme l’enfantement volontaire d’une humanité nouvelle dans le monde nouveau d’amour voulu par Dieu. A cet enfantement, tout homme peut participer. Jésus lance une solidarité nouvelle dans l’amour. Et l’innocent qui souffre n’est plus simplement une victime ; l’innocent qui souffre en aimant est celui qui rachète avec Jésus le mal des autres.

Vous pouvez télécharger ce texte au format  fiche pdf ici, n° 505.